Corse : Jospin pressé de toutes parts

Par Philippe MATHON , le 20 août 2001 à 11h46 , mis à jour le 20 août 2001 à 11h53

L'assassinat de François Santoni a réveillé les adversaires du processus de Matignon. A droite, mais également à gauche, on somme le Premier ministre de revenir sur son plan. Le gouvernement courbe l'échine et maintient le cap.

Vignette Corse 3 © INTERNE

A l'occasion des obsèques de François Santoni, dimanche dans le petit village de Giannucio (Corse-du-Sud), Mgr Lacrampe, évêque d'Ajaccio, lançait un appel "à la raison et à la sagesse" face à cette "spirale de violence". Sur le continent, dans l'attente d'une possible recrudescence des affrontements sur l'île, la classe politique n'a pas tardé à se déchirer sur le plan Jospin et l'avenir de la Corse.

Ce week-end, excepté Alain Madelin, président de DL, la droite s'est engouffrée dans la brèche ouverte pour demander le gel (demande formulée par l'UDF Hervé de Charrette), voire l'enterrement, du processus de Matignon. "L'échec est évident. Le processus reposait sur un pari que Lionel Jospin avait présenté comme tel : la fin de la violence en échange d'une plus grande autonomie de l'île. Ce pari est perdu", a affirmé le RPR François Fillon. Le Premier ministre "se trompe" et se trouve "prisonnier d'un cycle infernal", ajoute Philippe Douste-Blazy, président du groupe UDF à l'Assemblée nationale.

Sarre (MDC) : "Le gouvernement porte la responsabilité de la situation actuelle"

Même discours du côté du MDC de Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre. L'ancien ministre de l'Intérieur pointe l'engrenage dans lequel, selon lui, le gouvernement est tombé : "Au bout de combien d'assassinats considérera-t-on que l'objectif d'une paix durable en Corse est une chimère ?" Son fidèle lieutenant et président du MDC, George Sarre, considère que "le gouvernement porte la responsabilité de la situation actuelle" sur l'île de Beauté.

Fervent partisan des accords de Matignon, le député Vert Noël Mamère a estimé pourtant ce week-end que l'assassinat de Santoni "risque de porter un coup très dur au processus de Matignon", qui est "très menacé" mais "ne doit en aucun cas s'interrompre".

Pour Matignon, il n'existe "pas d'autre voie possible"

Face à ce concert de réprobations, le gouvernement de Lionel Jospin fait le gros dos. Quelques heures après la disparition de Santoni, trois de ses fidèles ont pris à bras-le-corps la défense du processus au cours. Avec, à la clé, une même tonalité : il n'existe pas d'autre voie possible pour ramener la paix civile en Corse. "Je le dis tout net : on n'a pas le droit de porter des accusations de la sorte, on n'a pas le droit de traiter indirectement le gouvernement d'assassin. Il y a des limites à ne pas franchir", a déclaré Jean Glavany.

Prudemment, aucune des têtes de l'exécutif n'ont réagi officiellement. Du côté de Matignon, le silence s'impose. D'une part, on redoute une recrudescence des violences sur l'île, d'autre part on ne souhaite pas apparaître céder à la pression de la droite chiraquienne qui, à l'image de François Fillon, le somme de "parler". A l'Elysée, on observe cette nouvelle difficulté gouvernementale avec intérêt. Tout en sachant que la disparition de Santoni, un des plus farouches adversaires du processus de Matignon, n'est pas de nature à nuire au gouvernement.

Par Philippe MATHON le 20 août 2001 à 11:46
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