© INTERNEMercredi 20 juin, contre toute attente, Alain Lipietz est désigné candidat des Verts à la présidentielle de 2002. Un cactus pour Lionel Jospin. Jugé "incontrôlable", Lipietz est situé à gauche de la gauche. Beaucoup promettent alors de rudes moments en perspective au Premier ministre et sa gauche plurielle. Aujourd'hui, le leader écologiste vient de loger une première épine dans les souliers gouvernementaux.
Alain Lipietz, a plaidé mardi pour une amnistie en faveur des nationalistes corses, n'hésitant pas à établir un parallèle entre la situation sur l'Ile de Beauté et la guerre d'Algérie. "J'ai 53 ans, donc j'ai vécu la guerre d'Algérie, et je sais très bien comment ça s'est terminé. Que ce soit ceux qui avaient aidé le FLN ou ceux qui avaient aidé l'OAS, ils ont été amnistiés. Dans l'histoire, quand on termine une guerre civile, il y a amnistie".
Des propos "chocs" diamétralement opposés au discours inlassablement développé par Lionel Jospin ou ses lieutenants, Daniel Vaillant ou François Hollande. Vendredi dernier, jour de l'ouverture des Journées nationalistes de Corte, le ministre de l'Intérieur affirmait encore que l'amnistie en faveur des détenus corses n'était "pas à l'ordre du jour". En décembre 1999, déjà, Lionel Jospin avait reconnu que le problème se poserait en fin de processus, excluant par avance toute amnistie pour les assassins du préfet Erignac.
"Une amnistie ? Pas impossible !"
Curieusement, juste après avoir lâché sa "bombe", Alain Lipietz a mis un bémol à ses paroles. "L'amnistie n'est pas une condition de la négociation. Le préalable est la fin de la violence", affirme-t-il. Un grand écart sémantique difficile à suivre. D'un côté, le leader écologiste "défie" le gouvernement. De l'autre, il refait de "la fin de la violence" un préalable à toute négociation. Un précepte abandonné l'an dernier par Lionel Jospin qui, pour montrer la bonne volonté de son gouvernement, s'était mis à la table des négociations avec les nationalistes alors même que la situation insulaire ne s'était pas pacifiée.
Les déclarations de Lipietz sont loin de faire l'unanimité au sein des Verts. Noël Mamère a ainsi affirmé qu'en "aucun cas l'amnistie ne (pourrait) concerner les crimes de sang". Cependant, Lipietz n'est pas le premier Vert à monter au créneau sur le dossier Corse. Lundi, l'ancien secrétaire national, Jean-Luc Bennahmias, reconnaissait le statut de "prisonnier politique" aux détenus corses et jugeait la question de leur amnistie comme une chose "pas impossible", incluant dans le même temps "le commando Erignac", auteur de l'assassinat du préfet de Corse.
Une prise de position immédiatement saluée par le chef de file de Corsica Nazione, Jean-Guy Talamoni. "Il y a des responsables parisiens de premier plan qui sont tout à fait en phase avec nos revendications sur ce point", s'est-il félicité, citant "d'une façon générale le mouvement Vert". Existence d'une passerelle entre les Verts et les nationalistes corses ? Quoi qu'il en soit, Jean-Guy Talamoni se sent pousser des ailes : "Nous ne validerons jamais un processus qui ne prendrait pas en compte les prisonniers politiques", a-t-il assuré. Si Lionel Jospin n'avait pas l'intention de mettre la Corse au menu de ses congés à l'Ile de Ré, l'actualité insulaire s'est imposée à lui.
La veuve du préfet Erignac "scandalisée "
Indirectement, Dominique Erignac a répondu à Alain Lipietz, mardi soir, sur les ondes de France Inter :"Ma première réaction, c'est une très grande tristesse, et une grande révolte, je suis scandalisée par tout ce qu'il se passe". La veuve du préfet de Corse assassiné en février 1998.a également rappeler : "On n'est pas en guerre, on compare quelque chose lié à la guerre d'Algérie, ça n'a rien à voir, ça n'est pas des prisonniers politiques, ce n'est pas de la politique, c'est quelque chose qui se passe entre les Corses, ils s'entretuent entre eux. Il faut vraiment faire quelque chose car les choses sont allées trop loin"
Le RPR dénonce "les atermoiements gouvernementaux" Le RPR a dénoncé mardi "les atermoiements gouvernementaux face au chantage des indépendantistes" corses et estimé que le Premier ministre Lionel Jospin "tarde à se démarquer clairement" des prises de positions de dirigeants Verts. Les déclarations de deux responsables nationaux des Verts, le candidat à l'élection présidentielle Alain Lipietz et l'ancien secrétaire national Jean-Luc Bennahmias, qui ont pris parti pour une amnistie des nationalistes, "révèlent les profondes fractures de la majorité plurielle sur le dossier corse", a affirmé le RPR dans un communiqué. Le RPR "réaffirme la primauté du droit sur l'ensemble du territoire de la République et condamne toute initiative qui aboutirait à renforcer le sentiment d'impunité suscité par ce double langage". |
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