Corse : le règlement de compte crapuleux privilégié

Par Philippe MATHON , le 22 août 2001 à 03h14 , mis à jour le 21 août 2001 à 13h25

L'identification de l'une des victimes du double meurtre de Moriani oriente les enquêteurs davantage vers une piste de droit commun, bien que l'autre cadavre eût été celui d'un membre présumé de l'organisation clandestine Armata Corsa.

[Expiré] [Expiré] corse attentat moriani gendarmes © AFP

Les gendarmes chargés de l'enquête connaissent à présent avec quasi-certitude, sous réserve de confirmation par les autopsies pratiquées dans la journée de mercredi, l'identité des deux hommes dont les corps ont été retrouvés calcinés mardi à Moriani à côté d'une voiture de location incendiée et au milieu d'une vingtaine d'étuis de 9 et 12 millimètres. Il s'agit de deux cousins : Dominique Marcelli, 25 ans, et Jean-Christophe, 24 ans.

Le premier avait été identifié dès mardi soir. Son appartenance probable à Armata Corsa, qui lui avait valu d'être mis en examen en décembre 1999 et écroué jusqu'en juin 2000, avait immédiatement imposé l'idée d'un lien avec l'assassinat, quatre jours plus tôt, de François Santoni, ancien homme fort de la Cuncolta et du FLNC Canal historique, puis fondateur présumé d'Armata Corsa.

La thèse crapuleuse

Cette élimination laissant craindre une reprise de la guerre intestine qui avait fait une vingtaine de morts chez les nationalistes entre 1993 et 1996, Dominique Marcelli pouvait avoir été tué pour éradiquer les amis de François Santoni ou pour prévenir d'éventuelles représailles. Les enquêteurs exhortent cependant à la prudence en soulignant que Dominique Marcelli était aussi connu des services de police pour des délits de droit commun.

Les gendarmes ont longtemps hésité entre deux hommes pour le deuxième cadavre. L'un était également connu comme pouvant militer dans Armata Corsa et sa mort violente au côté de Dominique Marcelli aurait accrédité l'hypothèse politique. L'autre était un cousin de Dominique. Sauf surprenant contredit apporté par l'autopsie, le deuxième cadavre est celui de Jean-Christophe Marcelli, inconnu des services de police. Il a été identifié grâce à certains éléments matériels, tels que sa montre de luxe dont la facture a été retrouvée lors d'une perquisition chez lui.

"Rien ne permet (...) d'accréditer la thèse d'un règlement de compte terroriste"

C'est aussi sous son nom qu'a été louée la Volkswagen Passat qui a brûlé au bout d'un chemin de terre et qui devait faire l'objet d'un examen méticuleux de la part des enquêteurs. Du coup, les gendarmes inclinaient à privilégier la thèse crapuleuse, même si les frontières entre le nationalisme et le banditisme sont fluctuantes.

La section anti-terroriste du parquet de Paris a indiqué mercredi en fin d'après-midi qu'elle ne se saisira pas, à ce stade de l'enquête, du double meurtre perpétré mardi à Moriani, au sud de Bastia (Haute-Corse), a indiqué mercredi le parquet. "Rien ne permet, d'après les éléments rassemblés à ce stade de l'enquête, d'accréditer la thèse d'un règlement de compte terroriste", a-t-on souligné au parquet de Paris. Une saisine ultérieure de la section spécialisée dans les affaires de terrorisme reste naturellement possible si l'enquête faisait apparaître de nouveaux éléments, ajoute-t-on prudemment au parquet.

Par Philippe MATHON le 22 août 2001 à 03:14
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