Entre rave et cauchemar

Par Julie KARA , le 22 août 2001 à 00h00 , mis à jour le 21 août 2001 à 15h30

Le bilan est lourd pour le traditionnel Tecknival du week-end du 15 août et relance le débat sur la consommation de drogues et le manque de législation qui entourent ces fêtes techno sauvages.

rave © INTERNE

La dernière grande rave-party en date, le traditionnel Tecknival du 15 août qui a attiré 20 000 personnes, ne va pas arranger la réputation des teuffeurs. La Croix-Rouge et Médecins du monde sont intervenus à trois cent vingt-huit reprises pour cette fête qui s'est déroulée à proximité de Florac en Lozère. Dix neuf personnes ont été évacuées à l'hôpital. Un raveur a été jusqu'à s'auto-mutiler en se tranchant les poignets et le thorax. Ce qui risque de relancer le débat sur les drogues dans les raves : le jeune homme était sous l'emprise d'un cocktail détonnant, ecstasy, LSD, speed et kétamine, un produit pharmaceutique anesthésiant.

Cocaïne et amphétamines en vogue

Un Marseillais de 30 ans est toujours dans le coma après une overdose et un autre raveur a dû être réanimé, là encore à cause d'une prise de produits stupéfiants. Les consommateurs ne sont pas les seuls à prendre des risques… Un dealer suspecté par des jeunes de vendre des médicaments bon marché sous couvert d'ecstasy a été sérieusement blessé et a lui aussi pris le chemin de l'hôpital.

Médecins du monde est coutumier de ces fêtes techno : l'association y assure souvent une présence sanitaire, à défaut de secouristes officiels. Elle est donc une observatrice privilégiée. "La proportion de consommateurs de drogue varie de 20 à 80%. Au fil des années, on a vu l'apparition de nouvelles drogues à côté de l'ecstasy. Les nouvelles tendances : l'usage collectif des hallucinogènes, des psycho-stimulants type amphétamines ou cocaïne ou encore des produits correcteurs des effets non recherchés. Ces produits constituent pour les ravers un moyen d'entrer en contact avec les autres. D'autres recherchent la performance ou plus simplement de rester éveillés en vue de danser des heures", indique Médecins du monde. L'association note aussi que "la consommation de produits illicites est considérée comme normale par tous les participants, qu'ils soient ou non usagers. Mais ce n'est que pour une minorité de consommateurs que la frontière semble fragile entre usage récréatif, abus et dépendance ".

100 tonnes de déchets

Le parquet de Mende a décidé de poursuivre les organisateurs du Tecknival de Florac pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Il pourrait ainsi donner des idées à d'autres, souvent désarmés quant aux suites judiciaires à donner à l'implantation de ces fêtes sauvages. D'autant que les politiques, à l'approche des élections, ne semblent pas presser de prendre des décisions sur les raves-party. Le propriétaire du champ où s'est déroulé la Tecknival, lui, aimerait peut-être une législation plus précise : il a porté plainte pour "perte de récolte" et se demande encore ce qu'il va faire des cent tonnes de déchets dont il a hérité.

Par Julie KARA le 22 août 2001 à 00:00
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