© AFPSon nom de code est "Sawari 2". Un marché de plus de vingt milliards de francs. Signé en 1994, il porte sur la livraison, par la Direction de la construction navale (DCN), de deux frégates armées - et une autre en option - à l'Arabie Saoudite. Un magnifique marché pour l'Etat français, représenté comme toujours par son office, la Sofresa (Société Française d'Exportation de Systèmes Avancés).
Mais il y a un "hic". Nous sommes en 1995. Sorti vainqueur d'une lutte fratricide avec Edouard Balladur, Jacques Chirac accède à l'Elysée. Et, "fait exceptionnel" écrit
Libération, "la France va secrètement revoir l'architecture du contrat sur un point essentiel : les commissions, qui à l'origine s'élèvent à 18 %, y compris la rémunération de la Sofresa (1 % pour les frais de fonctionnement), soit un montant de 5 milliards de francs". Le nouveau président "fait disparaître - en accord avec les autorités saoudiennes - l'accord passé avec les intermédiaires". Toutefois, selon le quotidien, les intermédiaires auraient eu le temps d'encaisser une partie de l'argent.Implication au plus haut niveau ?
Comment expliquer la brutale renégociation du contrat par Jacques Chirac ? Il semble que de nombreuses "anomalies" soient parvenues à sa connaissance. D'après le contrat initial, près de la moitié des commissions (soit 2,2 milliards de francs) devait échoir à un seul homme, un intermédiaire saoudien d'origine yéménite. Une somme colossale au regard des pratiques en cours dans ce type d'opération. D'autant plus, affirme Libération, que "le contrat passé avec cet intermédiaire verrouille pour cinq ans les affaires à venir signées par la Sofresa avec l'Arabie Saoudite". Enfin, "Jacques Chirac est informé de l'intervention inédite et très personnelle de l'ex-ministre de la Défense François Léotard dans les négociations avec cet intermédiaire".
C'est peut-être sur ce dernier point que l'enquête de Libération est intéressante. A condition d'être confirmée dans les faits. Le quotidien montre combien le gouvernement Balladur se serait impliqué dans les négociations. François Léotard, le ministre de la Défense de l'époque, son collaborateur Renaud Donnedieu de Vabres et Edouard Balladur en personne auraient reçu tour à tour l'intermédiaire. Une première dans l'histoire des marchés d'armes, où d'habitude seuls des organismes comme la Sofresa interviennent dans le détail.
Fonds spéciaux
Libération fait part d'"interrogations" qui "restent en suspens". Comme la provenance de 5 millions de francs déposés en juin 1996, par le Parti républicain au Fondo, une petite banque franco-italienne visée par une information judiciaire à Paris. François Léotard et son ex-chargé de mission au ministère de la Défense, Renaud Donnedieu de Vabres, ont été mis en examen pour "blanchiment" en août 1998, après la découverte de l'ouverture d'un faux prêt destiné à habiller cette somme. "L'hypothèse d'un financement politique lié à "l'affaire Sawari 2" avait alors été évoquée par la presse, écrit Libération qui conclut : les deux députés ont juré que les 5 millions provenaient de "fonds spéciaux" conservés après leur départ du gouvernement. La justice n'a pas creusé la piste saoudienne".
A l'Elysée, vendredi, on ne faisait pas de commentaire sur cet article. MM. Balladur et Juppé et le chargé de mission au cabinet de M. Léotard en 1994, Renaud Donnedieu de Vabres, n'étaient pas joignables vendredi matin.
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