© INTERNE-tf1.fr : Qu’est-ce qu’une fugue et peut-on dresser un profil type du mineur fugueur ?
Si l’on s’en réfère au dictionnaire, la fugue consiste à partir du lieu où l’on vit habituellement pour se rendre dans un autre. Les mineurs fugueurs ont généralement entre 11 et 16 ans et fuient leur milieu de vie, avec lequel ils sont en conflit. S’il y a quelques années nous rencontrions plus de tentatives de suicide chez les filles et plus de fugues chez les garçons, force est de constater qu’aujourd’hui, filles et garçons sont aussi nombreux à fuguer (cf
Plus de 30 000 ados disparaissent chaque année ).A une époque où divorces et recompositions familiales sont très fréquents, l’illustration la plus typique de la fugue est celle de l’ado dont les parents ne vivent plus ensemble et qui part de chez l’un pour aller chez l’autre. Il trouve dans cet acte le moyen d’exprimer autrement qu’avec des mots son désaccord. Cela peut aussi être le moyen de restaurer un lien entre les parents, lorsque ces derniers ne communiquent plus. Selon moi, ce type de fugue ne s’inscrit pas dans un désordre psychique particulier.
-tf1.fr : La rupture du dialogue est donc la source de toute fugue ?
Fugues, tentatives de suicide, conduites addictives (alcoolique ou toxicomaniaque). Autant de passages à l'acte traduisant une grande souffrance de l'adolescent, une carence de mots, de dialogues.
Fugues, tentatives de suicide, conduites addictives -alcoolique ou toxicomaniaque-, sont des passages à l’acte déclenchés par les mêmes motivations : appel à l’aide ou provocation, ultime moyen de se faire entendre quand on a pas ou plus les mots, quête maladroite d’identité ou d’affirmation de soi…. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des adolescents cumuler fugue et tentative de suicide, fugue et drogue…
Beaucoup des adolescents passant par notre unité nous expliquent que le fait de bouger, de changer de lieu, leur permet de mobiliser leurs pensées. La fugue s’inscrit également dans un rapport à l’autonomie. Ils ont l’impression, mais l’impression seulement, que le fait de partir va leur permettre de trouver cette émancipation.
-tf1.fr : Les conséquences psychologiques d’une fugue peuvent-elles être graves ?
Il y a un certain type de fugue qu’entre psychologues nous qualifions plutôt d’errance. Dans ce cas là, nous avons à faire à des adolescents perturbés. Contrairement au fugueur, l’adolescent errant n’a aucun but précis. Il prend le train, fait du stop… Il pense que sa rencontre avec l’inconnu, des gens nouveaux va le libérer de ses angoisses. C’est illusoire et dangereux… Ces rencontres fortuites sont rarement positives. Parce qu’ils n’ont aucun repère, ces ados errants sont en situation psychopathologique plus grave. Ils présentent des troubles graves de structuration de la personnalité. Souvent, ils se marginalisent. Marginalisation qui s’accompagne très vite d’autres conduites dangereuses : prostitution, drogue… J’ai l’exemple d’un adolescent fugueur et toxicomane à l’essence que nous avons eu plusieurs mois dans notre unité. Il arrivait souvent à fuguer, partant en quête de son produit, seul capable de combler son angoisse massive. Dès lors, on ne peut plus parler de fugueur, le désordre est bien plus profond. Le fugueur, lui, garde des repères. Il se rend chez un de ses parents, un copain… parfois même sa fugue est préméditée.
-tf1.fr : Comment venez-vous en aide à ces mineurs fugueurs ?
C’est finalement le même système qui est appliqué aux suicidaires et aux fugueurs |
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