Quand la fugue devient un acte de survie

Par , le 15 août 2001 à 15h54 , mis à jour le 14 août 2001 à 16h38

Allô Enfance Maltraitée a reçu l'année dernière près de 800 appels pour des fugues d'adolescents. La grande majorité des fugueurs qui appellent le 119 partent de chez eux pour fuir un danger, notamment des violences physiques. Témoignages et explications avec Annie Gaudière, directrice de l'association.

logo 119 allô enfance maltraitée © INTERNE

Plus de 30 000 ados disparaissent chaque année
Pourquoi nos enfants fuguent ?

Chaque année, d'après les chiffres du ministère de l'Intérieur, plus de trente mille adolescents prennent la clé des champs. Besoin d'émancipation, expression d'un désaccord… la fugue peut aussi être un "sauve qui peut" quand les situations intra-familiales deviennent trop critiques. Sur la seule année 2000, le 119, numéro de téléphone d'Allô Enfance Maltraitée a reçu 774 demandes d'aides pour des fugues. Ces appels émanent des enfants fugueurs eux-mêmes, mais aussi de leurs familles, d'amis ou de voisins qui ont recueilli les enfants.

"Dans la très grande majorité des cas", nous explique Annie Gaudière, directrice générale du service, "il s'agit d'enfants issus de familles rencontrant de grandes difficultés relationnelles, parfois couplées de mauvais traitements… Ces fugueurs là ne partent pas de leur domicile sur un coup de tête pour aller rejoindre un copain ou une copine. Plus qu'une fugue, il s'agit en réalité d'une fuite du danger. Il faut donc que les services de police et de gendarmerie qui procèdent aux investigations soient très vigilents car, si retrouver l'adolescent est souhaitable, le ramener à sa famille immédiatement peut-être pas".

Enfants en détresse

Et Annie Gaudière de nous citer quelques exemples récents, "classiques" mais tellement pathétiques d'enfants en détresse. Tel ce garçon de 12 ans qui a demandé à être placé dans un foyer pour ne plus avoir à vivre avec sa mère : "Maman m'a dit de ne pas aller à l'école. De rester l'aider à faire le ménage. Ce matin, j'ai mal balayé. Elle m'a frappé. J'ai eu une bosse à la jambe et j'ai saigné. Ensuite, elle m'a dit de partir de la maison. Je n'en peux plus de faire toutes les tâches ménagères".

Un autre jour c'est une adolescente de 15 ans qui a appelé depuis le domicile des parents d'un de ses camarades de lycée où elle est hébergée pour quelques jours. La veille, son père a appris que la jeune fille avait un petit ami. Il l'a alors frappée, attrapée par les cheveux et lui a maintenu à plusieurs reprises la tête dans l'eau. Ce n'était pas la première fois que le père violentait ainsi sa fille, ni la première fois que celle-ci fuguait. Elle a été placée en foyer. Elle ne veut pas revivre avec son père.

Fugueur à 7 ans

"Si, en général, ces jeunes fugueurs ont entre 12 et 15 ans, explique Annie Gaudière, parfois ils sont plus jeunes encore". A l'instar de cette fillette de 7 ans dont la mère, alcoolique, se montre régulièrement violente envers ses enfants. Souvent pendant l'année, la fillette a manqué l'école car elle était trop "couverte de bleus". Sa mère vit avec un SDF lui aussi alcoolique, violent, et bien connu des services de police. Il n'est pas rare que d'autres SDF viennent au domicile et dorment dans la chambre des enfants. Dès lors, qui n'aurait pas envie de prendre la poudre d'escampette ?

Par Alexandra Guillet le 15 août 2001 à 15:54
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