© INTERNEA plusieurs reprises, Eurotunnel a demandé la fermeture du centre d’hébergement de Sangatte, dans le Pas-de-Calais. Sans succès… Faute d’être entendue par les pouvoirs publics, la société change de stratégie : elle saisit le tribunal administratif de Lille pour demander l'annulation de l'arrêté préfectoral de réquisition du centre. Entre Eurotunnel et l’Etat, les hostilités sont ouvertes…
Le centre de Sangatte existe depuis deux ans. Géré par la Croix-Rouge, il est installé dans un ancien hangar d’Eurotunnel, qui en est toujours propriétaire. Surtout, il se trouve à proximité du terminal de Coquelles, véritable porte d’entrée pour l’Angleterre… "A l’origine", indique François Borel, chargé de la communication d’Eurotunnel, interrogé par tf1.fr, "c’est la guerre du Kosovo qui a provoqué un afflux de Kosovars dans la région de Calais – d’où la réquisition de locaux et l’ouverture, à titre provisoire, d’un centre pour accueillir ces réfugiés. Ils ne devaient pas être plus de 400." Mais aujourd’hui, on compte plus de 1000 réfugiés dans ce centre, de toutes nationalités : Afghans, Turcs, Iraniens, Kurdes… Les tensions y sont permanentes, les agressions fréquentes : fin juillet, des affrontements entre réfugiés afghans et kurdes ont fait 15 blessés dont 3 graves.
"Lutter contre l’immigration clandestine n’est pas notre rôle !"
Chaque nuit, des centaines de ces réfugiés tentent de passer en Angleterre, où ils auront le droit de travailler, et pourront en attendant toucher une indemnité mensuelle de 2400 francs – contre 1800 en France. "Parfois, on intercepte deux fois, trois fois au cours d’une nuit les mêmes réfugiés qui tentent de franchir les barrières ; tout ce qu’ils risquent, lorsqu’ils sont pris, c’est d’être reconduits au centre de Sangatte", raconte François Borel.
La fermeture du centre de Sangatte modifierait-elle la situation ? Les autorités anglaises en doutent. Mais chez Eurotunnel, on espère avant tout que la procédure engagée contre l’Etat français permettra une prise en compte réelle du problème par les autorités. "Notre société n’a rien contre ces immigrants clandestins, qui vivent des situations très difficiles", justifie François Borel ; "mais lutter contre l’immigration clandestine n’est pas le rôle de sociétés privées ! Ce que réclame Eurotunnel – et c’est une demande exprimée par l’ensemble du personnel – c’est, tout simplement, de pouvoir retrouver des conditions de travail normales." Même s’il faut en passer par les tribunaux…
Chez Eurotunnel, qui a investi 30 millions de francs (environ 4,8 millions d'euros) dans des mesures de renforcement de la sécurité afin de protéger le terminal de Coquelles, on estime les pertes d'exploitation liées aux tentatives de passage des réfugiés à environ 150 millions de francs (22,867 millions d'euros). De plus, le gouvernement britannique a décidé d'imposer des amendes de 2.000 livres (3.500 euros) pour chaque clandestin qui réussirait à passer en Grande-Bretagne. Eurotunnel juge illégale l'application de ce régime d'amende à son service de navettes de fret, et a également déposé un recours contre le projet du ministère britannique de l'Intérieur.
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Photo d'ouverture : le centre de Sangatte - DR
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