Santoni, un chef isolé

Par Philippe MATHON , le 20 août 2001 à 15h53 , mis à jour le 20 août 2001 à 16h09

François Santoni, assassiné vendredi 17 août à Monaccia d'Aullène (Corse-du-Sud), presque un an jour pour jour après son ami Jean-Michel Rossi, s'était attiré la haine de ses amis nationalistes après avoir été l'un des chefs historiques de la lutte clandestine.

santoni 2 © INTERNE

Celui que l'on surnommait "l'iguane" ou "le caméléon" évoluait en eaux troubles. Dans un livre publié l'an dernier avec son ami Jean-Michel Rossi, tué le 7 août 2000 à l'Ile-Rousse (Haute-Corse), il condamnait la "dérive mafieuse" des nationalistes.

En septembre 1998, il condamne sans ambiguïté l'assassinat du préfet Erignac et prend ses distances avec l'action violente. C'est pourtant lui et Rossi qui passent pour les fondateurs, en 1999, du groupe armé Armata Corsa. François Santoni, 41 ans, se défend de tout lien avec Armata Corsa. Mais lui qui a assisté en 1976, à 16 ans, à la création du FLNC, a été l'un des protagonistes de l'action clandestine et des guerres intestines entre nationalistes. Au milieu des années 90, il est l'interlocuteur des autorités et il racontera plus tard avec gourmandise comment la conférence de presse clandestine de Tralonca a été organisée avec le gouvernement.

En 1995, déjà…

Sa conscience nationaliste, Santoni, originaire du village de Giannucio, la date de ses années de lycée à Ajaccio. "Le Corse, je ne le parlais pas, je le pensais". Son engagement politique met rapidement entre parenthèses sa carrière d'instituteur. "Fanfan" devient chef du groupe "G" du FLNC, pour Gravona, vallée proche d'Ajaccio. En 1986, il est condamné une première fois pour le mitraillage d'une gendarmerie. En prison, il se lie d'amitié avec Rossi et s'habitue pendant trois ans à la détention, qu'il connaîtra à plusieurs reprises. Interrogé en janvier sur l'éventualité d'une nouvelle arrestation, il se montrait fataliste: "S'ils veulent m'embarquer, qu'ils m'embarquent. J'ai 14 années de condamnation derrière moi, j'ai fait six ans de prison, j'ai le dos au mur". Au milieu des années 1990, alors qu'il est le chef incontesté de la Cuncolta Naziunalista, il est un acteur à part entière de la guerre fratricide qui coûte la vie à une vingtaine de nationalistes. En 1995, il est déjà la cible d'un attentat dans lequel un de ses amis, Stéphane Gallo, trouve la mort.

En 1998, à la fin de près de deux ans de détention provisoire dans l'affaire du golf de Sperone, pour laquelle il a été condamné en appel à quatre ans de prison en mai dernier, il quitte la tête de la Cuncolta, rebaptisée Indipendentista. Progressivement, il s'isole, seulement soutenu par une poignée de fidèles dans son fief de Porto-Vecchio et en Balagne. Il invective les nouveaux dirigeants: "alcooliques", "débiles mentaux"... Quand Rossi est assassiné, il brandit la menace de ripostes violentes, désigne le dirigeant nationaliste Charles Pieri comme commanditaire et accuse les enquêteurs de ne pas tout faire pour retrouver les assassins.

"Si on veut vous tuer, on vous tue"

Fin juillet, les regards s'étaient tournés vers lui, quand le chef de file nationaliste corse Jean-Guy Talamoni et l'avocate Marie-Hélène Mattei, l'ancienne compagne de François Santoni, avaient reçu des colis piégés. Ce qui avait poussé les enquêteurs à mettre en garde contre une manœuvre "grossière" à ses dépens. François Santoni se savait menacé et était en permanence accompagné de gardes du corps. "Ceux qui ont tué Jean-Michel aimeraient finir le travail avec moi", confiait-t-il en janvier.

Cependant, "je vis normalement", affirmait le nationaliste qui se partageait entre Paris et Giannucio, "c'est vrai que je ne vais pas dans le même café tous les jours à la même heure. Mais, de toute façon si on veut vous tuer, on vous tue". François Santoni se disait alors "fatigué" de la lutte politique: "Cela ne m'intéresse plus beaucoup. Je ne veux plus aller dans les bars pour chanter la main sur l'oreille. On a tué mes amis. Cela n'en vaut pas la peine. Si c'était à refaire, je le ferais différemment. Ou pas du tout".

Par Philippe MATHON le 20 août 2001 à 15:53
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