Santoni se savait menacé

Par Christophe ABRIC , le 17 août 2001 à 07h49 , mis à jour le 17 août 2001 à 08h30

François Santoni avait officiellement rompu avec le milieu nationaliste. Ses attaques contre ses anciens compagnons, sa dénonciation de "dérives mafieuses" lui avaient valu nombre d'inimitiés.

[Expiré] [Expiré] Santoni gros plan regard inquiet Corse © AFP

Depuis sa rupture avec le milieu nationaliste, depuis la rédaction, avec son ami Jean-Michel Rossi, du livre Pour solde de tout compte, François Santoni se savait menacé. Dans ce réquisitoire, les deux compagnons d'armes dénonçaient sans ambages les dérives mafieuses du nationalisme corse, trempé selon eux dans le trafic d'armes et de drogue. Jean-Michel Rossi avait payé de sa vie, abattu le 7 août 2000 avec son garde du corps Jean-Claude Fratacci à l'Ile-Rousse. Depuis cette date, Santoni n'avait cessé de réclamer justice pour son ami, accusant les enquêteurs de ne pas tout mettre en oeuvre pour résoudre cette affaire et dénonçant son ancien ami Charles Pieri (responsable d'A Cuncolta Independista) d'avoir commandité l'assassinat depuis sa prison. Il avait, en juin dernier, donné suite à son premier livre avec Contre-enquête sur trois assassinats, dans lequel il donnait sa version sur le meurtre du préfet Erignac ainsi que sur les conditions dans lesquels son ami Rossi avait été tué.


Santoni à l'enterrement de Rossi 

CHRONOLOGIE

6 juin 1960 :
Naissance à Ajaccio

1978

Entrée au FLNC

1982

Devient responsable militaire du secteur de la Gravona.

1985

Ecroué après une attaque contre l'état-major de l'armée à Ajaccio. Il est condamné à 8 ans de prison. Il rencontre Rossi à Fleury-Mérogis.
1989
Il bénéficie d'une amnistie.

1992

Mandaté par le FLNC Canal Historique pour mener des négociations souterraines avec l'Etat.
29 mai 1995
Echappe à une tentative d'assassinat

1996

Elu secrétaire général de la Cuncolta

1998

En désaccord avec les nouvelles orientations, il démissionne.
Juin 2001
Publie "Contre-enquête sur trois assassinats"

Santoni avait reconnu "avoir du sang sur les mains". Il avait déjà échappé à la mort, le 29 mai 1995 à Ajaccio, lors d'une tentative d'assassinat dont ne réchappera pas son garde du corps, tué sous ses yeux. Il disait avoir rompu avec la violence et le nationalisme depuis 1998, lorsqu'il avait démissionné de la Cuncolta dont il était secrétaire général. Mais l'homme laissait planer nombre d'ambiguïtés et de zones d'ombres.

A la tête d'Armata Corsa ?

On le soupçonnait ainsi d'avoir été l'un des fondateurs du groupe clandestin Armata Corsa, rival du FLNC. Ce groupe a revendiqué, depuis sa création en juin 1999, trois assassinats et une vingtaine d'attentats. Il a menacé à plusieurs reprises d'actions "aveugles et meurtrières" à Paris si l'assassinat de Rossi n'était pas élucidé. Des mobiles et une phraséologie qui correspondaient à ceux de Santoni, même si celui-ci a toujours réfuté tout lien avec cette organisation. Il avait également été soupçonné d'être impliqué dans l'envoi en juillet dernier de colis piégés au chef de file nationaliste Jean-Guy Talamoni et à son ancienne compagne Marie-Hélène Mattéi.

Tout ces faits, toutes ces rancoeurs, le fait que cet assassinat ait lieu presqu'un an jour pour jour après celui de Rossi, font pencher les magistrats et les policiers vers la thèse d'un assassinat politique. Mais les enquêteurs restent prudents : rien ne permet encore de privilégier cette piste plutôt que celle d'un assassinat crapuleux.

Par Christophe ABRIC le 17 août 2001 à 07:49
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