La solitude du coureur de fond

Par Philippe MATHON , le 29 août 2001 à 15h05 , mis à jour le 29 août 2001 à 15h20

Tout au long de son intervention, Lionel Jospin s'est voulu rassurant sur les inquiétudes des Français. Sans dire un mot sur la présidentielle de l'an prochain. Jusqu'à quand ?

Jospin tf1 28 aout © INTERNE

"Anxiogène : qui suscite l'anxiété, l'angoisse". Pas sûr qu'en fustigeant ainsi le discours de ses opposants, Lionel Jospin ait fait "pschit !" avec les Français. Au-delà de ce terme - un peu compliqué et qui ne devrait pas faire florès -, le Premier ministre est apparu étonnamment détendu sur le plateau de TF1, à une période où les sujets d'inquiétudes se multiplient dans la population.

Bienfait de ses congés sur l'île de Ré ? L'hôte de Matignon avait perdu son habituel regard. Envolés ses yeux droits, globuleux, exorbités qui happaient le téléspectateur. Mardi soir, Lionel Jospin s'est posé en chef de gouvernement décontracté et exemplaire, un modeste artisan de l'intérêt général utilisant ce ton pédagogue qu'il affectionne volontiers.

Alternative crédible

L'essentiel est peut-être ailleurs pour lui. Face à leur téléviseur, les Français ont vu défiler tous les sujets de la rentrée : sécurité, ralentissement économique, 35 heures… Une prestation aux antipodes de celle du 14 juillet, date à laquelle Jacques Chirac avait dû batailler sur le terrain des affaires pendant près de la moitié de son intervention. A l'image détériorée du chef de l'Etat - image dont les Français ne semblent guère se soucier, au vu des enquêtes d'opinion -, Jospin souhaite opposer une alternative crédible. Mais pas tout de suite.

"Il ne faut pas que le temps vienne avant le temps", a-t-il lancé hier, en écho au célèbre "Il faut laisser du temps au temps" de François Mitterrand. Celui-là même qui, en 1988, avait annoncé sa candidature à l'élection présidentielle seulement… un mois avant le scrutin. Un exemple dont le Premier ministre ne devrait pas manquer de s'inspirer.

Impatience

Pour l'heure, prudemment, il patiente. Un moment, mardi soir, on crut le voir vaciller. Interrogé justement sur sa candidature en 2002, il sembla s'étrangler, ne sachant quoi dire. Comme pris de court par une question pourtant attendue. Sa voix se déchire, seul un maigre filet de voix parvint à sortir : "C'est le Premier ministre que vous recevez ce soir, exclusivement", articula-t-il. Soulagé. Pas pour longtemps. Les fonds secrets ? "Je pense que je serai le premier pr…" Il s'arrête. Sa bouche marque un petit rictus de réprobation. La mot "président" manque de sortir. Il se reprend et finit par dire "… Premier ministre". Ouf. Mais tant d'efforts à produire jusqu'à l'année prochaine ! Le "mur" Jospin saura-t-il patienter ?

Par Philippe MATHON le 29 août 2001 à 15:05
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