© INTERNEAprès plusieurs avertissements, les nationalistes corses ont finalement mis leur menace à exécution. Au cours d'une assemblée à Corte (Haute-Corse), les 200 membres de la coalition électorale nationaliste corse Corsica Nazione ont décidé mercredi à l'unanimité de "suspendre tout soutien au processus actuellement dévoyé" de Matignon. Mais ils restent ouverts à la reprise du dialogue.
Cette décision a été "prise à contre-coeur", a expliqué le chef de file des nationalistes Jean-Guy Talamoni, principal interlocuteur du gouvernement dans les pourparlers engagés en décembre 1999 pour mettre fin à la violence sur l'île. Mais "la coupe est pleine", a-t-il affirmé, exprimant l'exaspération croissante des nationalistes. Celle-ci a "atteint ses limites" avec l'interpellation, le week-end dernier, de neuf nationalistes par les policiers de la Direction anti-terroriste (DNAT) dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Jean-Michel Rossi, l'ancien homme fort du FLNC et de la Cuncolta, abattu avec son garde du corps Jean-Claude Fratacci le 7 août 2000, à L'Ile Rousse (Haute-Corse).
Le fantôme de Santoni
Les interpellés, dont Jacques Mosconi, l'un des membres de l'exécutif du parti Indipendenza, ont été relâchés mardi et mercredi sans qu'aucun élément n'ait été retenu à leur encontre.
Selon Jean-Guy Talamoni , ces interpellations "n'ont rien à voir avec une bonne administration de la justice", mais relèvent du "harcèlement". Il juge "inacceptable" que les noms de nationalistes aient été "traînés dans la boue" sur la seule foi des affirmations de François Santoni, ami de Jean-Michel Rossi. Selon plusieurs sources proches de l'enquête, c'est en particulier pour vérifier ces allégations, recoupées avec des éléments objectifs, que la Division nationale antiterroriste (DNAT) a opéré son coup de filet le week-end dernier."Aucune solution |
Pression et ouverture
Cependant, assure Jean-Guy Talamoni, qui a lui-même été convoqué dans la même enquête devant un juge antiterroriste le 13 septembre, il était acquis par avance que rien ne serait retenu contre eux puisque "le dossier est vide". A ses yeux, le gouvernement, qui ne cesse de dire que l'action judiciaire et policière doit se poursuivre sans entrave pendant le processus, "se lave les mains" de ce qui advient de ses "interlocuteurs politiques".
Dans la motion adoptée, Corsica Nazione, qui compte huit élus sur 51 à l'Assemblée de Corse, a averti que "le dialogue ne pourra être restauré qu'avec un interlocuteur crédible, constant, cohérent et respectueux de la Corse et de son peuple". Invitant le gouvernement à adopter "un autre comportement que celui qu'il a adopté ces derniers mois, ces dernières semaines et ces derniers jours", Jean-Guy Talamoni a déclaré : "Nous restons disponibles pour un dialogue qui ne soit pas un dialogue de sourd". Un appel du pied accompagné d'une menace : "Aucune solution politique durable ne verra le jour sans la participation des nationalistes", a prévenu Corsica Nazione dans sa motion.
Processus de Matignon : confiance de Jospin et déceptions nationalistes Avant l'examen par le Sénat, prévu en novembre, du projet de loi réformant le statut de l'île, une grande partie des nationalistes juge les accords de Matignon vidés de leur substance. Ils estiment aussi ne pas avoir été entendus dans leurs revendications en faveur des détenus dans les dossiers de terrorisme, qu'ils qualifient de "prisonniers politiques". Le processus est accompagné, depuis décembre 1999, par une trêve à éclipse du FLNC, le principal mouvement clandestin armé. Lionel Jospin, quant à lui, réaffirme jeudi sa foi dans le processus de Matignon pour la Corse, en indiquant qu'il ne le "regrette pas" et en confirmant que le projet de loi doit revenir prochainement devant le Sénat. Dans un entretien donné à Ouest-France avant la décision de Corsica Nazione et publié aujourd'hui, le Premier ministre indique : "Notre démarche est claire et se différencie fortement des dialogues obscurs et clandestins de naguère". |
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