© INTERNEFrédéric : "J'ai vu la mort de très près"
Frédéric Siboulet fait partie des rescapés. Responsable des ventes dans une société américaine implantée dans le WTC, il était dans la tour numéro 1 au moment de l'impact de l'avion. Il a réussi à en sortir juste avant que le bâtiment ne s'effondre.
"J'ai perdu de nombreux confrères avec qui j'aurais dû être au moment de la catastrophe", dit-il doucement. Nerveusement, il arrache le pansement de sa main brûlée, retient ses larmes, puis craque. "J'essaie de prendre le dessus, j'ai vu la mort de très près, je me suis vu brûlé, je me sens miraculé". Encore sous le choc, il répète aujourd'hui qu'il ne veut pas de vengeance, qu'il ne veut pas de nouvelles victimes innocentes. "Je l'ai dit au président, il a répondu qu'il avait compris".
Arnaud : "Je rentre chez moi"
Bruno Dellingé, 40 ans, travaillait au 47e étage dans le bureau de représentation de la ville de Lyon à New York quand l'avion est arrivé. "Il a frappé le bâtiment, il y a eu un impact énorme qui l'a fait vaciller. La descente a duré 50 minutes, dans l'ordre et la maîtrise de soi absolue jusqu'à la sortie", se souvient-il.
Solide, en apparence remis, il n'oublie pas qu'il a eu une "chance folle". "Aujourd'hui, on se remue mais ça va être difficile à digérer. C'est si soudain, si énorme, on a du mal à comprendre ce qui s'est passé et à admettre", dit-il. Au moment de l'impact, son jeune stagiaire, Arnaud Demonté, aurait dû être dans l'ascenseur. Mais son train a eu cinq minutes de retard, puis le métro à traîné. "En arrivant, j'ai vu la tour en feu et plein de papiers tomber. Je me suis approché et j'ai réalisé que c'était des gens". Pour le jeune homme, New York, c'est fini, pour l'instant. "Je rentre chez moi" dit-il, les images d'horreur dans les yeux.
Martine, mère d'un disparu : "Ça commence à être long"
Thierry Saada, 26 ans, courtier pour Cantor Fitzgerald, est de ceux qui ont disparu. Au moment de l'attaque, il était au 104e étage. Depuis, ses parents, Martine et Jean-Marc, arrivés à New York vendredi de Charenton (banlieue parisienne), attendent.
"Quand l'avion est tombé, il a téléphoné à sa femme et lui a demandé de nous prévenir de ne pas nous inquiéter en voyant les informations en France. Il a dit qu'il allait être évacué et après plus de nouvelles", dit Mme Saada. Très vite, son patron a annoncé aux parents qu'il n'y avait plus d'espoir. Depuis la tragédie, seuls cinq survivants ont été sortis des décombres, le nombre de disparus atteint 5.422.
Mais toute la famille veut encore y croire. "On ne veut pas se faire d'illusions mais on ne veut pas non plus être négatifs : il était très résistant. On s'accroche à cet espoir, c'est tout ce qu'on a. Mais ça fait beaucoup de jours, ça commence à être long...", raconte la mère de Thierry. Thierry Saada devait avoir un bébé dans les jours à venir, raconte-t-elle. "C'était l'aîné de mes enfants... C'est l'aîné", se reprend-elle. "On veut le retrouver mort ou vivant".
Jeff, pompier français de New York :
Jean-François Cote, 32 ans, pompier volontaire dans l'escadron de Ridgefield Park, une ville voisine du New Jersey, est le seul "soldat du feu" français à avoir pu accéder au site de la tragédie. Ce mardi 11 septembre, l'arrivée sur les lieux offre une vision dantesque. "A trois pâtés de maison, on a vu un camion de pompiers intégralement carbonisé. Tout était recouvert de poussière", dit-il.
Un long travail d'arrache-pied commence, près d'un énorme cratère d'environ une dizaine de mètres de profondeur. Jeff fait partie de l'équipe des "creuseurs". Un à un, ils remplissent les seaux qui passent le long d'immenses chaînes humaines jusqu'à des tas emportés par les pelleteuses. "Tout était inspecté par les gars du FBI. A un moment, ils ont trouvé un torse", confie-t-il.
Lorsque la progression est bloquée, les équipes appellent en renfort la "K-12", la tronçonneuse-disqueuse utilisée pour découper les poutres d'acier. Impossible de ne pas penser aux victimes ensevelies sous cet amas informe. "La seule trouille que j'avais, c'était de mettre un coup de pioche dans la tête de quelqu'un. Cette image me hantait".
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