La France prend la mesure du drame américain

Par Philippe MATHON , le 11 septembre 2001 à 19h44 , mis à jour le 11 septembre 2001 à 19h55

Réunions de crises hier à l'Elysée et Matignon, convocation du Comité interministériel de lutte antiterroriste ce matin, activation immédiate d'un "plan Vigipirate renforcé" : le pays étudie les conséquences du drame américain. "Il n'y a pas de menace identifiée pour notre pays mais le gouvernement a un devoir de précaution et de vigilance, qu'il exerce", a expliqué Daniel Vaillant.

chirac allocution crash USA © INTERNE

Les autorités françaises multiplient les consultations. Ce matin, Daniel Vaillant réunit le "Comité interministériel de lutte antiterroriste" (Cilat) pour faire le point sur la situation. Le ministre de l'Intérieur a lancé un appel au civisme de la population. "C'est aussi le rôle de chacun, dans sa vie quotidienne de faire preuve de vigilance, de prudence, de sang-froid et de calme", a-t-il

Au moment où les Etats-Unis étaient plongé sont dans une profonde détresse, les membres du pouvoir politique français ont multiplié hier les réunions de crise à Paris. Il s'agissait de tirer les leçons du drame outre-Atlantique et de prendre les mesures de précaution qui s'imposent. Au total, trois réunions au plus haut niveau, trois réunions pour montrer que la France ne prend pas à la légère les menaces terroristes.

Le président de la République Jacques Chirac, qui se trouvait en déplacement en Bretagne, est rentré d'urgence à Paris pour présider un conseil restreint. A sa table, pendant plus d'une heure, le Premier ministre Lionel Jospin, les ministres de l'intérieur Daniel Vaillant, des affaires étrangères Hubert Védrine, de la défense Alain Richard, et des transports Jean-Claude Gayssot, ainsi que des conseillers de l'Elysée et de Matignon. Au cœur du conclave, selon Lionel Jospin : déterminer "les mesures particulières qu'il pourrait être utile de prendre" en plus du plan Vigipirate, réactivé quelques minutes plus tôt par le gouvernement.

"Il n'y a pas de menace identifiée pour notre pays"

Une "épouvantable tragédie"

Exprimant "au peuple américain la solidarité de tous les Français dans cette dramatique épreuve", le président  Jacques Chirac a qualifié mardi soir les attentats qui ont frappé les Etats-Unis, d'"épouvantable tragédie", et a souligné que "jamais aucun pays dans le monde n'a été la cible d'attentats terroristes d'une telle ampleur ni d'une telle violence".

"Nous ne connaissons à ce stade ni les au
teurs ni les raisons de ces actes barbares", a souligné Jacques Chirac, estimant que "la situation requiert néanmoins sang-froid mais aussi vigilance et mobilisation". "Ce qui s'est produit aux Etats-Unis nous concerne tous", a-t-il affirmé, indiquant qu'il était "en contact avec les responsables européens afin que nos décisions soient bien coordonnées".

M. Chirac a dit s'être entretenu "longuement" avec le chancelier allemand Gerhard Schroeder et le Premier ministre britannique Tony Blair. "La France sait qu'on ne peut lutter efficacement contre le terrorisme que par une action déterminée et collective et elle fera ce qui doit être fait", a-t-il conclu.

En France, "tous les pouvoirs publics sont mobilisés", a insisté le président de la République, assurant qu'il agissait "en étroite concertation avec le Premier ministre" Lionel Jospin.

"Nous avons indiqué au président les décisions qui ont été prises par le gouvernement, et notamment la mise en œuvre du plan gouvernemental d'alerte et de prévention Vigipirate renforcé", a dit le Premier ministre. "Nous avons examiné avec lui les autres mesures particulières qu'il pourrait être utile de prendre éventuellement, notamment après contact avec nos voisins", a-t-il ajouté en référence à des pays de l'Union européenne. Ces mesures pourraient concerner la protection de l'espace aérien et la sécurité de sites sensibles. Lionel Jospin a réaffirmé qu'il fallait "rester attentif et en même temps être calme".

Le "plan Vigipirate renforcé", c'est "la mobilisation de toutes les forces de sécurité et des forces armées pour assurer la protection et la sécurité des Français", avait expliqué Daniel Vaillant quelques minutes plus tôt lors de la réunion des ministres à Matignon. L'activation du plan permettra de "renforcer la sécurité des lieux publics que sont les aéroports, les gares, les transports publics, les bâtiments publics ou privés, et tous les établissements accueillant un nombreux public", a précisé le ministre. Pour M. Vaillant toutefois, "il n'y a pas de menace identifiée pour notre pays mais le gouvernement a un devoir de précaution et de vigilance, qu'il exerce".

Brainstorming chez les policiers

Une "réunion de crise" s'est tenue mardi après-midi chez le directeur général de la Police Nationale (DGPN), le préfet Patrice Bergougnoux, après la série d'attentats meurtriers aux Etats-Unis. Le DGPN a rassemblé les directeurs, ou leurs adjoints, des services de renseignements de la Police Nationale, DST (direction de la surveillance du territoire), RG (Renseignements Généraux) ainsi que des autres services actifs concernés: Police Judiciaire, Police aux Frontières, Sécurité Publique.

Toutes les unités ont "fait le point sur ce qu'on sait des événements", ont indiqué des sources proche du dossier, et de discuter des modalités pratiques d'application du plan "Vigipirate" que le Premier ministre, Lionel Jospin, a décidé d'appliquer dans sa phase "renforcée." Auparavant, le DGPN avait participé à une réunion dans le bureau du ministre de l'Intérieur, Daniel Vaillant, qui avait rassemblé ses plus proches collaborateurs avant de se rendre à Matignon pour y participer au Comité interministériel de lutte antiterroriste (Cilat).

Par Philippe MATHON le 11 septembre 2001 à 19:44
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