Pourquoi l'usine a-t-elle explosé ?

Par , le 24 septembre 2001 à 11h00 , mis à jour le 21 septembre 2001 à 11h20

A Toulouse, à mesure que les chances de retrouver des disparus s'amenuisent, priorité est donnée à la sécurisation du site et à l'avancée de l'enquête. Plus de 18 000 élèves ne regagneront pas leurs classes aujourd'hui.

Toulouse sauveteurs usine © INTERNE

Quatre jour après la terrible explosion de l'usine AZF, à Toulouse, les sauveteurs poursuivent toujours leurs recherches pour trouver des corps ou des survivants coincés sous les tas de gravas. Dans un premier temps, ce matin, il avait été annoncé la suspension des recherches, la liste des disparus sur le site étant tombée à zéro. Mais quelques instants plus tard le colonel de pompiers Christian Pizzocaro a affirmé que "les recherches continuaient car il est possible qu'un visiteur occasionnel  de l'entreprise soit venu sans que nous le sachions encore". Le bilan humain de la catastrophe s'élève pour l'heure à 29 morts, pour la plupart des employés de l'usine. 782 personnes sont toujours hospitalisées dont 34 dans un état grave. Les quelque 150 sapeurs-pompiers encore présents sur le site participent également à sa sécurisation. "Notre priorité est le  transvasement vers des camions des cuves d'acide nitrique", déclarait hier soir le colonel Donin, directeur des opérations sur le site. Aujourd'hui, ce sera le tour des autres produits dangereux susceptibles de fuir, comme l'acide sulfurique.

Ratissage de la zone sur fond de polémique

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Du côté de l'enquête sur les raisons de la déflagration, les policiers du SRPJ de Toulouse ont poursuivi le ratissage systématique des décombres de l'usine chimique, à la recherche d'indices permettant d'éclaircir les circonstances de l'explosion des 200 à 300 tonnes de nitrate d'ammonium entreposées dans un hangar de béton. Les experts du laboratoire de police scientifique ont parcouru les abords du cratère de 15 m de profondeur creusé par l'explosion, en quête d'éléments permettant de planter le décor technique précis du site. "On cherche le premier  foyer et on s'approche", a expliqué une source proche de l'enquête, "on complète avec des relevés géométriques pour mieux percevoir les angles du souffle". Par ailleurs, des plans précis, notamment avec des coupes transversales, seraient utiles aux enquêteurs, mais ils demeurent difficiles à obtenir, l'usine ayant été construite en 1926.

Si la thèse de l'accident était jusqu'à présent privilégiée, celle de l'acte malveillant n'est toutefois pas écartée car l'incompréhension est totale. De l'avis des salariés, la sécurité des installations ne semblait en effet pas souffrir de lacunes. "Ces granules n'ont pu exploser qu'à cause d'une brusque et forte montée en température", confirme Gilles Dusserre, professeur à l'école des mines d'Alès (Gard) et expert en risques industriels auprès de l'Union européenne. "Peut-être une réaction chimique, une première explosion ou un feu, mais sûrement pas une simple étincelle". Même constat pour Georges Arcizet, délégué syndical CFDT : "Pour que le nitrate d'ammonium explose, il faut une température de 250 ou 300 degrés et surtout, du comburant, généralement du gas-oil", dit-il. Ce mélange a été utilisé par les terroristes lors de l'attentat d'Oklahoma City (Etats-Unis) en 1995. "Mais je vois mal quelqu'un entrer avec une citerne et tout faire sauter".

Ecole buissonnière forcée

Quelque 18 000 élèves n'iront pas à l'école aujourd'hui. Pas moins de 70 écoles primaires ou maternelles sont endommagées. Sept collèges nécessitent plusieurs semaines de travaux, une douzaine d'autres rouvriront dans moins d'une semaine. Deux lycées sont totalement détruits et 9 autres endommagés. L'université du Mirail, qui accueille 25 000 étudiants, est également fermée jusqu'à nouvel ordre. Le rectorat a mis en place une cellule pour répondre aux interrogations des étudiants, notamment concernant les dates d'examens.

Sur le front de l'assistance aux personnes dont le logement est inhabitable, la mairie de Toulouse a accueilli 450 personnes samedi soir dans les trois centres d'accueil d'urgence. Des cellules de crise ont été ouvertes dans six quartiers particulièrement touchés afin de répondre au mieux à toutes les interrogations des habitants. Un budget de 10 MF a également été débloqué par la mairie pour le fonds  d'urgence. L'Etat et TotalFinaElf avaient chacun déjà débloqué la même somme.

Par Alexandra Guillet le 24 septembre 2001 à 11:00
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