Ruffec : le mea maxima culpa des autorités

Par Philippe MATHON, le 27 septembre 2001 à 17h02 , mis à jour le 26 septembre 2001 à 17h12

Après l'arrestation et la mise en examen de l'institutrice pour viols et agressions sexuelles sur des élèves âgés de 3 et 4 ans, l'Education nationale, la justice et la gendarmerie battent leur coulpe.

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L'initiative peut paraître tardive. Mais elle devrait tout de même permettre aux habitants de la petite ville de Ruffec (Charente) de panser leurs plaies. Progressivement.

Mardi soir, lors d'une réunion organisée dans une salle de classe tapissée de dessins d'enfants et réunissant les responsables locaux (Education nationale, justice et gendarmerie), les parents d'élèves ont exprimé durant plus de deux heures leurs angoisses. Toujours avec pudeur, parfois avec colère. "Pourquoi, à partir du moment où il y avait soupçon, ne s'est-on pas méfié ? Pourquoi n'y a-t-il eu une étroite surveillance ?", s'est indigné un père de famille. "Comment expliquer qu'après les faits de 1995, le dossier administratif de l'institutrice soit resté vierge?", a demandé une mère. Autant de questions sans réelles réponses pour l'heure. Des psychologues ont été dépêchés à Ruffec pour soutenir les familles.

Réouverture du dossier judiciaire

Il faut dire que tout s'est accéléré la semaine dernière avec la mise en examen de Monique Menue, une institutrice de 53 ans, et son compagnon Raymond Mauser, (51 ans), pour viols et agressions sexuelles sur des élèves âgés de 3 et 4 ans. Le couple avait déjà fait l'objet d'une enquête pour des faits similaires, en 1995, après les plaintes de plusieurs parents. Mais à l'époque, le dossier avait été mystérieusement classé sans suite faute de charges suffisantes et l'institutrice avait été confirmée dans ses fonctions.

Une décision judiciaire tellement mystérieuse que mardi soir, le procureur adjoint d'Angoulême a annoncé avoir demandé la réouverture de l'enquête de 1995 qui, a-t-il affirmé sans autres précisions, "a été perturbée par des éléments extérieurs".

"L'affaire a été étouffée !"

Du côté de l'Education nationale, on bat également sa coulpe. "Vous avez raison de dire que, peut-être, le principe de précaution n'a pas été bien appliqué", a reconnu l'inspecteur d'académie. "C'était une erreur grave mais nous sommes à des années-lumière de ce qui se faisait en 95". Un discours qui ne convainc pas totalement. "Moi, ce que je comprends, c'est que l'affaire a été étouffée", lance un parent. A Ruffec, beaucoup pensent que l'enquête de 1995 aurait été menée différemment si le compagnon de l'institutrice n'avait pas été un ancien gendarme.

Tant bien que mal, le procureur adjoint s'est également efforcé d'apaiser les familles traumatisées en affirmant que "le pire n'était pas certain" pour tous les enfants. "Aucun élément ne me permet de dire, ou à vous de craindre, que votre enfant ait subi un viol", a-t-il ajouté. Pendant ce temps, l'enquête se poursuit. Après les auditions de 43 enfants (de trois à cinq ans), ce devrait être au tour de l'ensemble des parents de l'école d'être interrogés. "Le plus dur est devant nous, a déclaré l'inspecteur d'académie. Il nous faut absorber ce traumatisme et vivre avec".

Par Philippe MATHON le 27 septembre 2001 à 17:02
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