Toulouse doute

Par Christophe ABRIC, le 29 septembre 2001 à 15h09 , mis à jour le 28 septembre 2001 à 15h21

Alors que le maire de la ville, Philippe Douste-Blazy, a lui-même exprimé son scepticisme quant aux conclusions du procureur de Toulouse, les rumeurs, analyses et témoignages se font de plus en plus insistants, qui démentent la thèse de l'accident. Etat des lieux au moment où une information judiciaire pour "homicides involontaires" vient d'être ouverte.

toulouse fumée explosion © INTERNE

"Un plan Marshall" pour Toulouse ?

Une information judiciaire pour "homicides involontaires par manquement délibéré à une obligation particulière de sécurité ou de prudence" a été ouverte après l'explosion de l'usine AZT de Toulouse. Acte criminel ou accident ? Le point.

L'acte criminel

Il y a d'abord les propos de nombreux experts, relayés notamment par Le Monde et Le Figaro : tous estiment impossible que le nitrate d'ammonium ait pu exploser sans une source de chaleur importante. Ce produit ne devient volatile ou explosif qu'exposé à des chaleurs supérieures à 250°C ou lorsqu'il est mélangé à des "produits dits incompatibles". Surtout, les spécialistes en chimie estiment qu'il manque un détonateur suffisant. Selon eux, il est impossible qu'une étincelle ou un choc matériel aient pu provoquer l'explosion.

Ensuite, on commence à entendre quelques témoignages qui, d'abord écartés, commencent à semer le doute. Le Figaro évoquait ce matin les récits de quelques personnes qui affirment avoir vu un objet traverser le ciel entre les deux explosions. RTL parle d'une part d'un ouvrier qui ne se serait "pas présenté à son travail le matin de la tragédie" et serait "actuellement introuvable". La radio évoque également "une violente altercation entre des ouvriers et des livreurs (…) qui aurait dégénéré en menaces" le jour du sinistre. Le Monde fait part de témoignages concordants, qui parlent "d'éléments extérieurs près du lieu de l'explosion, qui auraient pris la fuite" avant l'explosion. On parle aussi de jeunes au comportement suspect devant un gymnase à proximité de l'usine, et d'une voiture filant à grande vitesse au moment de la déflagration. Autant de pistes qui doivent être prises au sérieux, mais seront longues à vérifier.

L'accident

Face à cette liste de témoignages, à tous ces avis d'experts, quels arguments les partisans de la thèse de l'accident peuvent-ils donner ? Les enquêteurs avancent encore la vétusté des lieux, qui serait la cause d'un long processus physique. Piste confirmée d'une part par l'auditions de certains employés, qui auraient souligné la vétusté des lieux de stockage du nitrate d'ammonium. D'autre part, un rapport de la Drire Midi-Pyrénées (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) , vieux de quelques mois, qui indique que le site présentait des risques sérieux d'incendie et d'explosion. Rapport qui préconisait "le double confinement du dépotage de chlore, des détecteurs de gaz et sécurités, et une protection incendie/explosion sur le stockage des ammonitrates".

Enfin, les enquêteurs estiment avoir pu déterminer avec précision où se trouvait l'épicentre de l'explosion. Celui-ci se situeraient au niveau du sol, et au centre du lieu de stockage. Pour les enquêteurs, cela permettrait de montrer que l'explosion a eu lieu au cœur du stock , et ne serait donc pas due à une cause extérieure.

Par Christophe ABRIC le 29 septembre 2001 à 15:09
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