Trois minutes à Paris

Par Philippe MATHON , le 14 septembre 2001 à 15h10 , mis à jour le 14 septembre 2001 à 15h48

A Paris comme ailleurs, la population était invitée à marquer trois minutes de silence vendredi midi, en hommage aux victimes des attentats américains. Reportage dans deux quartiers emblématiques de la capitale : la rue des Rosiers, cœur du quartier juif, et les Champs-Elysées.

rue des rosiers juifs paris attentats © INTERNE


12h00, rue des Rosiers (Paris IIIe) -
Rue des Rosiers, Paris IIIe. En apparence, une journée comme les autres. Les voitures peinent à se frayer un passage dans cette artère étroite, cœur du quartier juif de la capitale. Devant un restaurant, un vieux monsieur assis le long de la rue. Sur ses genoux, une pile de journaux : L'Actualité juive, qui titre Apocalypse Now avec une photo du World Trade Center en flammes. "Quelle horreur !, lance une dame. Mais on les aura !" "On ne peut rien contre le sort, mais c'est un grand malheur", répond le vieil homme.

Un terme revient sans cesse dans la bouche des riverains : la "sauvagerie" dont ont fait preuve les terroristes. "C'est inhumain de faire payer des innocents", éructe Samuel. "Quels lâches !, renchérit un autre. Aucun dictionnaire ne peut contenir de mots assez forts pour qualifier ces faits !"

"Par respect pour soi-même"

"Evidemment que je vais respecter les trois minutes de silence !", lance Edgar, la quarantaine. "Vous savez, en Israël, on vit cette situation depuis des décennies. Mais une chose est claire : plus rien ne sera comme avant. Vous avez vu dans le métro ? Il y règne une énorme tension. C'est affolant".

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Henri, la soixantaine, se réjouit de l'initiative. "Respecter trois minutes de silence, c'est comprendre la gravité des faits. Aujourd'hui, si la majorité de l'Humanité prenait conscience de l'horreur qui nous entoure, on n'en serait peut-être pas là. Ces trois minutes, c'est par respect pour les disparus, mais c'est surtout par respect pour soi-même". Un discours qui a du mal à passer chez les plus jeunes. Elie, 20 ans, est septique. "Je me demande si ces trois minutes ont de l'importance quand je vois mercredi des Palestiniens se réjouir des attentats et marquer une minute de silence le lendemain…"

Soudain, une cloche retentit dans la rue. Puis un son de trompette mortuaire. Il est midi. Sans un mot, les passants s'arrêtent devant un magasin de vidéo. En vitrine, une télévision branchée sur CNN montre de nouvelles images du World Trade Center. Prostrés, le regard braqué sur l'écran, tous observent un silence pesant. Seule une lente musique s'échappe d'une radio. Les regards se perdent. 12h03, le speaker de la station de radio remercie celles et ceux qui ont marqué le deuil. La rue des Rosiers peine à reprendre son activité habituelle. Comme sonnée. "J'espère qu'ils ne sont pas morts pour rien", murmure Lydia.

                                                       Statu quo sur les Champs


A peine trois minutes et déjà une foule
s'amasse devant Louis Vuitton-
Sur les Champs-Elysées, la vie ne s'est pas arrêtée à midi. Badauds et touristes continuent leur chemin. Seul ici et là, quelques passants s'arrêtent, silencieux. "C'est important de respecter ces trois minutes de silence, explique Steve, 23 ans. Je suis heureux que le monde participe au deuil de l'Amérique". Et d'ajouter : "Je suis très touché par ces attentats. Je me rends souvent à New York, j'aurais pu être là-bas le 11 septembre". Les magasins de luxe, eux, ont fermé leurs portes. Devant Louis Vuitton, une foule de touristes, pour la plupart des asiatiques, se forme en attendant la réouverture. A 12 h 03, les acheteurs reprennent leur droit. Mais la fouille est sévère pour pénétrer dans le temple du luxe. Charles, 55 ans, patiente dans la queue. "Bien sûr que je respecte ces minutes de deuil. Mais, de mon point de vue, c'est inutile. C'est pas ça qui va nous aider à combattre le terrorisme". Au McDonald's des Champs, pas plus de compassion. "On a coupé la musique dans le restaurant, explique le directeur. Mais on ne peut rien faire d'autre, il faut bien que les gens continuent de manger leur Big Mac".

                                                                                                                        Julie KARA

Par Philippe MATHON le 14 septembre 2001 à 15:10
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