Youssef : le policier acquitté

Par , le 29 septembre 2001 à 20h44 , mis à jour le 26 septembre 2001 à 20h50

La cour d'assises des Yvelines a acquitté vendredi soir Pascal Hiblot. Ce policier était jugé pour avoir tué Youssef en 1991 alors que le jeune homme participait à un rodéo avec des voitures volées à Mantes-la-Jolie. Le verdict a attisé la colère des amis de la victime.

proces policier youssef © INTERNE

Pascal Hiblot est libre. La cour d'assises des Yvelines a retenu la "légitime défense" pour justifier l'acquittement de ce policier de 42 ans, accusé d'avoir tué d'une balle dans la tête un jeune homme de 23 ans, Youssef Khaïf, en juin 1991 à Mantes la Jolie. Les jurés n'ont donc pas suivi l'avocat général qui, dans l'après-midi, avait demandé une "peine de principe avec sursis". Rejetant "la légitime défense", le magistrat avait demandé à la cour de reconnaître le policier "coupable de coups mortels avec arme" mais de tenir compte du contexte "professionnel et personnel" de cette nuit du 8 au 9 juin 1991. Cette nuit là, Pascal Hiblot a tiré sur Youssef Khaïf, qui conduisait un véhicule volé lors d'un "rodéo" dans le quartier du Val Fourré. Rodéo qui avait coûté la vie, peu auparavant, à une jeune policière.

Colère, mais aucun débordement à l'issue du verdict


La maman de Youssef Khaïf-
On craignait des débordements autour du Palais de justice de Versailles, mais les proches de Youssef Khaïf ont préféré manifester leur colère de façon verbale, la nuit dernière à l'issue du prononcé de l'acquittement. "Bien sûr que c'est terrible, ça fait dix ans que j'attends et on lui donne un acquittement!" clame la mère du jeune homme défunt ; "C'est un permis de tuer" que la cour d'assises a "donné au policier". Un sentiment partagé par une trentaine de jeunes, amis de la victime, rassemblés à proximité du palais. Maître Olivier Fontibus, l'un des avocat de la famille Khaïf a qualifié de "consternant" le verdict et estimé qu'il s'agissait "d'un signal dangereux lancé au service de police" qui réduit "à néant toutes les règles de l'usage des armes". Lui aussi avoue "qu'on n'est pas loin du permis de tuer". Son confrère Alain Mikowsky défendant également la famille compare ce verdict "à la loi du talion" une décision qui selon lui "remet en cause la paix civile et remet en cause la politique de la ville".

Pour Pascal Hiblot, qui avait déjà bénéficié d'un non-lieu le 24 juillet 1997, c'est une page qui se tourne, l'acquittement devant une cour d'assises n'étant susceptible d'aucun appel devant la cour.

Manifestation dans le calme samedi

Une soixantaine de personnes se sont rassemblées dans la calme, samedi après-midi à Mantes-la-Jolie, afin d'honorer la mémoire de Youssef. "Nous sommes juste ici pour nous recueillir et dire que nous n'avons rien compris à la justice. Nous sommes allés au tribunal mais nous connaissions déjà le verdict. Si c'est ça la justice, demain je peux tuer quelqu'un et je ne risque pas d'être inquiétée", a déploré Nadia Khaïf, soeur de la victime. "Nous voulions dire aux jeunes de ne pas céder. Nous comptons faire appel du jugement devant la Cour européenne de Strasbourg", a-t-elle ajouté. Pour Yazid Kherfica, un responsable du MIB (Mouvement de l'immigration et des banlieues), le but de ce rassemblement était "de faire baisser les tensions et de dire que l'instruction de l'affaire a été bâclée". Le père de la victime a également tenu à exprimer ses sentiments : "Nous ne cherchons pas à nous venger et la condamnation du policier ne nous aurait pas rendu notre fils. Mais le policier a fait une connerie et il doit payer".

 

 

Par Alexandra Guillet le 29 septembre 2001 à 20:44
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