© INTERNEJacques Chirac a plaidé jeudi à Rodez pour "un nouveau modèle français" pour la démocratie locale, mais la gauche a boudé son discours devant le 71 ème congrès de l'Assemblée des départements de France (ADF) afin de ne pas lui "servir de faire valoir" à six mois de la présidentielle. Ce nouvel épisode illustre la dégradation constante des relations du couple exécutif depuis l'été, notamment après l'intervention présidentielle du 14 juillet et la publication cette semaine du livre d'Olivier Schrameck, directeur de cabinet du Premier ministre Lionel Jospin.
Mercredi soir, les 41 - sur 102 - présidents de conseils généraux de gauche ont annoncé qu'ils n'assisteraient pas au discours de clôture du chef de l'Etat. Ils entendaient ainsi protester contre l'ouverture de cette séance aux élus locaux de la région Midi-Pyrénées et aux départements limitrophes, y voyant "un détournement des objectifs du congrès à des fins politiques à 190 jours de l'élection présidentielle". Pas question, ont-ils affirmé, de participer à "un meeting électoral" de Jacques Chirac. L'Elysée a aussitôt réagi en dénonçant cette "entorse à l'esprit républicain".
"Piège" présidentiel ?
Jeudi à Rodez, le président RPR du Sénat Christian Poncelet a jugé que le boycottage des élus de gauche n'était "pas très républicain" et a rappelé que la droite n'avait jamais agi de la sorte avec François Mitterrand. Dans l'entourage de Jacques Chirac, on faisait valoir jeudi que l'invitation lancée aux élus locaux était conforme à la tradition des congrès de l'ADF et que la majorité des élus de Midi-Pyrénées étaient de gauche. "Pour un meeting, on peut trouver un meilleur public", insistait-on. En outre, on soulignait que les présidents de conseils généraux de gauche étaient au courant depuis des semaines de la composition de l'assistance et n'avaient rien trouvé à redire, avant la visite à Rodez du ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant, remplaçant au pied levé le Premier ministre.
Lionel Jospin avait annulé sa participation mercredi à l'ADF pour cause de réunion à Paris sur la sécurité intérieure. Dans l'entourage du Premier ministre, on expliquait cette décision en estimant que ce déplacement était "un piège". Les chiraquiens voulaient voir dans cette nouvelle polémique une stratégie du PS et de Matignon visant à enfermer Jacques Chirac dans un rôle d'éternel candidat, alors que la situation internationale redonne du corps à la fonction présidentielle en période de cohabitation. Le président de la République s'est donc retrouvé devant un public tout acquis qui l'a chaleureusement applaudi, notamment lorsqu'il a affirmé que le département restait "incontournable" dans cette nouvelle architecture des pouvoirs locaux qu'il appelle de ses vœux.
"Une voie nouvelle doit être inventée"
Pour Jacques Chirac, le département doit toutefois évoluer en développant sa coopération avec les régions, avec les départements voisins et avec les communes. "Entre l'étatisme jacobin, même tempéré par la décentralisation, et un fédéralisme importé, plaqué sur nos réalités, contraire à notre histoire comme à notre exigence d'égalité, une voie nouvelle doit être inventée, un nouveau modèle français doit être imaginé", a-t-il dit.
Pour Jacques Chirac, les très nombreux élus locaux constituent "un contrepoids salutaire" dans "un pays marqué par une tradition de centralisation qui confine parfois à une forme d'absolutisme républicain". "On ne peut vouloir à la fois plus de démocratie, plus de proximité" et "prôner la suppression de collectivités comme la commune et le département, au nom d'une illusoire rationalité", a-t-il dit. "La France va devoir se réformer en profondeur" car, a dit le président, "l'omniprésence de l'Etat associée à une certaine forme d'impuissance publique nous pénalise".
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