© INTERNEtf1.fr : Vingt ans après l'abolition de la peine de mort, quel regard portez-vous sur le long combat que vous avez mené et qui se poursuit aujourd'hui, d'une autre manière, en réclamant "l'abolition universelle"?
Robert Badinter : Sur le combat que j'ai mené, je n'ai plus rien à dire. C'est fini. Sur ce qui doit se faire encore, assurément, j'ai un regard attentif. Nous avons fait énormément de progrès, plus que ce que je ne l'aurais espéré il y a vingt ans. Des progrès en France dans l'opinion publique, en Europe où il n'y a plus de peine de mort, et dans le monde où l'abolition est majoritaire. Ce n'est pas fini, il y a encore de grands Etats qui pratiquent la peine de mort, encore des exécutés, encore des suppliciés. Je pense qu'il est bon de le rappeler aujourd'hui par diverses manifestations. Notre combat ne pourra s'arrêter que lorsque nous aurons enfin obtenu l'abolition universelle, que lorsque la peine de mort aura disparu de la terre entière. Avant, pas de repos.
|
Robert Badinter : Absolument. Cela prendra du temps. Cela passera par la conviction. Il faut montrer que la peine de mort n'est qu'un supplice et que le supplice ne sert à rien qu'à déshonorer ceux qui le pratiquent.
tf1.fr : Les récents attentats qui ont ensanglanté les Etats-Unis ne risquent pas de changer quelque peu la donne ou de faire faire marche arrière aux bonnes volontés ?
Robert Badinter : Il est inévitable qu'un tel crime avec des conséquences aussi terribles suscite dans l'opinion publique des révoltes, des pulsions de vengeance et de mort contre ses auteurs. Mais il suffit de regarder les leçons de l'histoire. Jamais, jamais la peine de mort n'a dissuadé les terroristes. Ils entretiennent avec la mort des relations névrotiques. Souvenez-vous de ce que nous avons vu. Ils se sont
infligés la mort au moment même où ils commettaient le crime, alors espérer les dissuader de commettre des crimes par la mort ne me paraît pas être la bonne recette. J'ajoute qu'aucune démocratie"Personne ne pratique la peine de mort avec plus d'ardeur que les terroristes. (...) Ils se constituent en juge, condamnent des innocents à mort et se font eux-mêmes les bourreaux. Parcours complet !" |
On en revient donc à l'essentiel, la peine de mort doit disparaître. Et puis quand j'y pense… il n'y en a pas qui pratiquent la peine de mort avec plus d'ardeur que les terroristes. Il faut quand même mesurer qu'ils se constituent en juge, condamnent des innocents à mort et se font eux-mêmes les bourreaux. Parcours complet ! Vous comprendrez qu'en tant qu'abolitionniste je n'ai aucune tendresse pour les terroristes. Mais ce n'est pas une raison pour utiliser la peine de mort et prendre leurs valeurs à eux, des valeurs de mort.
Propos recueillis
Retour MYTF1
Chargement en cours...




