Immunité présidentielle pour Jacques Chirac

Par PM, le 10 octobre 2001 à 07h00 , mis à jour le 09 octobre 2001 à 17h24

La Cour de cassation a rendu mercredi matin son arrêt relatif au statut pénal du chef de l'Etat. Le président de la République ne peut faire l'objet d'aucune poursuite pendant la durée de son mandat, mais peut cependant être entendu comme simple témoin s'il l'accepte.

Jacques Chirac riposte © INTERNE

Lire l'interview de Maître Lesourd, avocat de la partie civile
Document : l'arrêt de la Cour de Cassation


La décision de la Cour de cassation, mercredi, aux termes de laquelle le président de la République ne peut faire l'objet d'aucune poursuite jusqu'à la fin de son mandat, est un soulagement pour Jacques Chirac, à sept mois de la présidentielle. Très attendu, l'arrêt rendu mercredi matin par la Cour de cassation conforte la ligne de défense de Jacques Chirac mis en cause dans trois dossiers au titre d'ancien maire de Paris et d'ancien premier responsable du RPR. Le chef de l'Etat, très présent sur la scène internationale depuis les attentats du 11 septembre, pourra terminer son septennat à l'abri de toute poursuite judiciaire et, peut-il espérer, de toute polémique sur ce sujet.

Mercredi l'Elysée n'a fait aucune déclaration. "On a reçu de plus mauvaises nouvelles dans le passé", reconnaissait toutefois un de ses proches. A la sortie du Conseil des ministres, Marylise Lebranchu n'a pas été plus bavarde. A la question de savoir ce qu'elle pensait de l'arrêt de la Cour de cassation, la ministre de la Justice a répondu: "Je ne pense pas".

Nouveau désaveu pour le juge Halphen

Depuis que la semaine dernière l'avocat général près la Cour de cassation Régis de Gouttes s'était prononcé pour la suspension de toute poursuite pendant le mandat présidentiel. L'Elysée paraissait rassuré sur l'issue de ce combat juridique. Des proches de Jacques Chirac faisaient valoir que la situation internationale montrait "le bien-fondé" de la position du Conseil constitutionnel, en date du 22 janvier 1999. "Dans le contexte actuel, on voit mal le président tenir un conseil restreint sur l'Afghanistan le matin, puis se rendre dans le cabinet d'un juge d'instruction", observait un proche. Patrick Devedjian s'est félicité mercredi du désaveu infligé "par la plus haute juridiction judiciaire" à ceux qui, "comme Lionel Jospin", réclamaient la comparution du président devant les juges.

L'arrêt de la Cour de cassation contredit une nouvelle fois l'initiative du juge de Créteil Eric Halphen, qui, en avril, avait convoqué le chef de l'Etat comme témoin dans l'affaire des HLM de Paris. Jacques Chirac avait refusé de déférer à cette convocation, au nom de la séparation des pouvoirs et de la continuité de l'Etat.

"On aboutit de facto à une amnistie"

Autre bonne nouvelle pour l'Elysée, les socialistes Arnaud Montebourg et Jean Codognès ont aussitôt pris acte de l'arrêt de la Cour en retirant leurs procédures visant à mettre en accusation le chef de l'Etat devant la Haute cour de justice. Les deux députés se sont félicités de la suspension de la prescription de l'action publique pendant le mandat présidentiel. Jacques Chirac "sait que dans quelques mois, il a rendez-vous avec cinq juges d'instruction dans trois affaires mettant en cause sa probité personnelle", ont-ils dit.

Me Pierre-François Divier, avocat de Louis Breisacher, partie civile dans l'affaire de la SEMPAP (imprimerie liée à la mairie de Paris), a estimé que l'arrêt de la Cour de cassation aboutissait "de facto à une amnistie". Selon lui, la Cour a lancé "un message à la Nation": "Mesdames et messieurs les électeurs, c'est à vous de décider s'il faut poursuivre le président de la République ou s'il faut attendre encore cinq ans". Une manière de dire que s'il n'était pas réélu en 2002, Jacques Chirac ne serait plus protégé et redeviendrait un justiciable comme les autres. Quant au gouvernement, il reste "favorable" à l'adoption de la proposition de loi PS réformant le statut pénal du chef de l'Etat. Voté en juin à l'Assemblée, par les députés, ce texte n'a aucune chance d'aboutir avant la présidentielle: il faudrait pour cela qu'il soit voté dans les mêmes termes par la majorité sénatoriale de droite puis soumis au référendum par le président.

Par PM le 10 octobre 2001 à 07:00
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