Jospin : la France ne tombera pas dans "l'engrenage"

Par Philippe MATHON, le 09 octobre 2001 à 15h23 , mis à jour le 09 octobre 2001 à 16h20

Tout en confirmant qu'un renforcement de la participation française à la riposte était actuellement à l'étude, le Premier ministre a réaffirmé le libre-arbitre de notre pays dans les ripostes contre le terrorisme international. Au sujet d'éventuelles attaques hors de l'Afghanistan, il a averti qu'il ne se laissera pas entraîner dans un "engrenage" et exclu un vote du parlement.

jospin attentat assemblé nationale © INTERNE

Alors que l'engagement de la France dans la riposte n'en est qu'à ses balbutiement, les députés - de droite comme de gauche - se déchirent. Les convictions politiques, auxquelles s'ajoutent parfois les arrières pensées politiciennes, ont donné lieu mardi à l'Assemblée nationale à de curieux rapprochements. On a vu les communistes et les ténors du RPR (Alain Juppé et Jean-Louis Debré en tête) applaudir les interventions de Lionel Jospin et un député Vert juger "inquiétantes" les déclarations du chef du gouvernement. Ajouter à cela un clivage entre le groupe RPR et les "chiraquiens" de l'UDF d'un côté et le groupe Démocratie libérale et les "bayrouistes" de l'UDF d'autre part… On est maintenant bien loin de l'union sacrée des premiers jours.

Il est 15 heures lorsque le chiraquien Jean-Louis Debré (RPR) interpelle Lionel Jospin "au nom de l'opposition". Il est question de l'engagement français dans la riposte et d'un éventuel renforcement de la présence hexagonale aux côtés des Américains. "L'étendue de notre engagement n'a pas changé depuis mercredi dernier", assure le Premier ministre. Mais "d'autres types de renfort sont actuellement à l'étude comme des forces aériennes et d'autres unités d'intervention pour des actions ponctuelles" s'empresse-t-il d'ajouter, précisant ainsi les propos de Jacques Chirac dimanche.

Information sans vote

Premier acte de l'avancée française, le départ d'une "équipe militaire de liaison" auprès de "l'état-major du commandement américain de l'opération à Tampa", en Floride, permettant à la France d'être "correctement informée". Mais pas question pour le chef du gouvernement de fournir un blanc-seing aux troupes de l'Oncle Sam. Si la situation devait conduire à "un engrenage" non voulu par la France, il ne s'y "prêterait pas".

Dans le même temps, Lionel Jospin a exclu un vote du Parlement sur l'engagement français, faisant valoir que "la lutte engagée contre le terrorisme" ne serait pas "un engagement global dans un conflit global", contrairement à la guerre du Golfe ou au conflit du Kosovo. Il a proposé aux parlementaires "des rencontres régulières avec les ministres concernés et lui-même" afin de les informer "en temps réel". Ainsi, il recevra dès mercredi les présidents des groupes parlementaires et des commissions de l'Assemblée et du Sénat.

Seuls les Verts…

Au final, le Premier ministre a réussi le tour de force de rallier à sa cause le RPR. Pour Jean-Louis Debré, le temps n'était pas à la polémique : "Aujourd'hui nous assurons le gouvernement, parce qu'il est en relation avec le président de la République, de notre soutien dans sa lutte contre le terrorisme", a-t-il affirmé. "Nous avons décidé de nous conduire en opposants responsables", résumait son collègue Patrick Devedjian. Un consensus de façade pour ces soutiens fidèles à Jacques Chirac qui obéit à un double principe : tout d'abord, soutenir le Premier ministre en temps de crise tout en rappelant que c'est le président de la République qui donne le "la". Et marginaliser un peu plus les "troisièmes hommes" de la droite, Alain Madelin et François Bayrou. Car DL et UDF ont pris prétexte des dissonances au sein de la majorité pour attaquer à boulets rouges le gouvernement. Sans que l'argument ne porte réellement.

La petite phrase du Premier ministre sur "l'engrenage" ayant considérablement calmé les ardeurs du PCF, il ne reste finalement plus que les Verts pour dénoncer l'attitude du gouvernement. Le patron du groupe PS Jean-Marc Ayrault ne s'y est d'ailleurs pas trompé, constatant qu'à part "la vraie divergence" de Noël Mamère, les composantes de la majorité n'étaient "pas en contradiction"…

Les Français contre le "risque de tuer des civils innocents"

Trois Français sur quatre (77%) estiment que la lutte contre le terrorisme ne justifie pas que l'on prenne "le risque de tuer des civils innocents", selon un sondage BVA réalisé pour le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).

S'agissant de l'impact de la riposte américaine, les Français sont partagés : 47% considèrent que "la formation d'une coalition" par les Etats pour "lutter contre le terrorisme au niveau mondial" va entraîner "la suppression ou la quasi-disparition" (4%) ou une "diminution" de ce terrorisme (43%). A l'inverse, 45% pensent au contraire, soit que cela n'aura aucun effet (26%), soit que cela provoquera "en réaction une augmentation du terrorisme" (19%). 8% ne se prononcent pas.

Le sondage portait aussi sur la couverture médiatique des évènements qui ont suivi les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Ainsi, 74% trouvent "choquante" la "différence de traitement de l'information" entre la couverture des conséquences des attentats aux Etats-Unis et celle d'"autres drames survenant ailleurs dans le monde" qui sont "peu ou pas évoqués". 22% en revanche (16% répondent "non pas vraiment" et 6%, "pas du tout") ne trouvent pas choquante cette "différence de traitement de l'information". 4% sont sans opinion.

Sondage réalisé les 28 et 29 septembre auprès d'un échantillon de 960 personnes âgées de 18 ans et plus et interrogées par téléphone (méthode des quotas).

Par Philippe MATHON le 09 octobre 2001 à 15:23
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