Manipulations autour d'un drame

Par Christophe ABRIC, le 04 octobre 2001 à 15h53 , mis à jour le 04 octobre 2001 à 16h02

Alors que plusieurs médias faisaient état ce matin de nouvelles pistes criminelles dans l'enquête sur l'explosion de l'usine AZF, la Dépêche du Midi révèle que de nombreux témoignages accréditant un acte criminel ont été "manipulés". Dans un climat lourd, les rumeurs accentuent l'ambiance délétère autour de ce drame.

toulouse fumée explosion © INTERNE

Ce matin, en recueillant des informations concordantes sur un quotidien national, une agence de presse, et un magazine, l'actualité de l'enquête sur le drame de Toulouse penchait de nouveau vers la piste criminelle. L'enquête sur l'une des personnes retrouvées mortes dans l'usine comportait assez d'éléments troublants pour faire naître certains soupçons (voir notre article). Mais, très vite, parmi les éléments recueillis par la presse, certains ne semblaient pas solides, d'autres s'avéraient totalement faux.

Jaboudi n'était pas fiché

Hassan Jaboudi, français d'origine tunisienne qui travaillait comme intérimaire sur le site, portait effectivement quatre sous-vêtements superposés et deux pantalons. Vite, on a assimilé cette tenue à celle portée par certains kamikazes islamistes. Mais à la fois l'amie de Jaboudi et son frère ont expliqué que cette tenue était dans ses habitudes en raison de complexes sur sa maigreur. La famille a même catégoriquement démenti son appartenance à un quelconque réseau islamiste radical. "Il ne parlait jamais d'islamisme, il semblait encore moins être un religieux fanatique". Valeurs Actuelles explique pour sa part qu'il "aurait été repéré depuis plusieurs mois" par la police pour "ses sympathies islamistes", ajoutant qu'il "aurait été initié au fondamentalisme islamique par un imam" des faubourgs de Toulouse. Aucune autre précision n'a été apportée. Plus grave, les premières informations relataient le fichage de Jaboudi par Interpol et la DST, ce qui s'est vite révélé faux…

Le quotidien toulousain La Dépêche du Midi publie ce matin un article dans lequel il révèle qu'une grande partie des témoignages relayés par la presse sont des manipulations. Ainsi le cas d'Hassan Jaboudi, qui n'a non seulement jamais été fiché par la DST, les RG ou Interpol mais dont "la personnalité étudiée par la police judiciaire semble bien loin du profil terroriste".

Bidonnage sur un témoignage

Le quotidien régional fait le point sur d'autres témoignages infirmés par le SRPJ de Toulouse. Une jeune fille expliquait il y a quelques jours dans un quotidien avoir vu un projectile se diriger vers l'usine. Entendue par le SRPJ, elle a "démenti catégoriquement les propos qui lui avaient été prêtés tout en confirmant que le journaliste l'avait appelée. 'Je lui ai dit que personnellement, je n'avais rien vu' a-t-elle indiqué", peut-on lire dans la Dépêche.

Des journalistes manipulés par des personnes que la piste criminelle arrange bien ? Il semblerait que cette hypothèse ne relève pas du fantasme. Selon la Dépêche, le procureur de la République a "fait clairement allusion à une personne censée alimenter les rumeurs auprès des médias". Le procureur a ajouté savoir "qui les inspire, qui les distille" et se demande "quels intérêts cette personne entendait servir".

La vérité sera longue à obtenir

Un drame de cette importance, dont l'origine ne pourra être établie avant des semaines, ne pouvait que créer un climat délétère. On aurait mal imaginé que cela en vienne à de la manipulation. Seul le temps permettra de vraiment faire le point, lorsque que les enquêteurs auront pu recueillir des éléments suffisants sur le lieu précis où a débuté l'explosion.

Douste-Blazy refuse "la spirale de l'irresponsabilité"

Le député-maire de Toulouse, Philippe Douste-Blazy (UDF), s'est refusé, jeudi, à tout commentaire sur les causes de l'explosion de l'usine chimique AZF, en soulignant qu'il n'entendait pas "s'engager dans la spirale de l'irresponsabilité".  "Je souhaite que cette enquête soit faite de la façon la plus rigoureuse et, si possible, de la façon la plus rapide. Depuis le premier jour, la question des causes est posée. (...) Nous devons la vérité, toute la vérité aux Toulousains". "Il est important de laisser du temps à l'enquête", a poursuivi Philippe Douste-Blazy. "Je suis toujours très surpris des uns et des autres qui savent la vérité. J'ai confiance en la justice de mon pays pour faire éclater la vérité." "A chacun ses responsabilités, la mienne est de tout faire pour que cette ville soit reconstruite", a conclu M. Douste-Blazy.

Philippe Douste-Blazy (UDF) a également lancé un appel aux autorités de l'agglomération toulousaine, du département de Haute-Garonne et de la région Midi-Pyrénées pour qu'elles accordent la priorité absolue des logements HLM vacants aux familles sinistrés. "Il faut faire passer en priorité les dossiers des personnes sinistrées, quelles que soient leurs ressources, sinon on y arrivera jamais". "Notre plus grand problème actuel est celui du relogement", a-t-il insisté.

Par Christophe ABRIC le 04 octobre 2001 à 15:53
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