Palais brouillon

Par Philippe MATHON, le 04 octobre 2001 à 20h08 , mis à jour le 03 octobre 2001 à 20h19

Le discours de Lionel Jospin, mercredi à l'Assemblée nationale, présentant la position de la France sur la situation née des événements américains, s'est déroulé dans un chahut indescriptible.

jospin © INTERNE

"La vie politique reprend son cours". La petite phrase de Dominique Paillé (UDF), bras droit de François Bayrou, résume à merveille la situation. A quelques mois des élections, l'émotion consécutive aux événements américains et toulousains a laissé place, mercredi à l'Assemblée nationale, à une franche pagaille entre les députés de droite et Lionel Jospin.

L'intitulé de la journée ne manquait pourtant pas de solennité : "Déclaration du gouvernement sur la situation consécutive aux attentats perpétrés le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis d'Amérique et débat". L'occasion pour Lionel Jospin, "débarrassé" un instant de Jacques Chirac (en vertu de la séparation des pouvoirs, le chef de l'Etat n'a pas accès à l'Assemblée), de faire entendre en solo la voix de la France. Solidarité avec les Etats-Unis dans le respect des textes onusiens, nécessité pour l'Europe de jouer un rôle prépondérant dans le règlement du conflit, mesures de sécurité intérieure bientôt soumises à l'approbation du parlement… Au final, un discours pédagogique comme l'affectionne le Premier ministre, où le fond - dense - l'emportait sur la forme - austère. Une alchimie pas vraiment au goût de la plupart des députés de droite, qui ont couvert la quasi-totalité du discours d'un brouhaha continu.

"C'était absolument nul !"

"A quelle heure parle le Premier ministre ?", ironisait Maurice Leroy (UDF). "Il n'y a pas de porte-avions en état de marche !", a tempêté Jean-Pierre Soisson (DL) dans l'hémicycle à l'évocation d'une coopération navale de la France avec les Américains. Pour le chiraquien Dominique Bussereau (DL), "c'était du sous-Vaillant". "Jospin avait une occasion unique de se mettre l'hémicycle dans la poche, estime-t-il. Finalement, il n'a mis aucune passion. Nous sommes à des années-lumière d'un Tony Blair".

A un moment où la riposte américaine contre l'Afghanistan n'en est qu'à la phase de préparation, la droite fait déjà feu de tout bois. Pierre Lellouche (RPR) moque "l'amateurisme" du Premier ministre, pour Claude Goasguen (porte-parole de DL), "Jospin n'y est pas" et François d'Aubert (DL) regrette "cette tentation de faire bande à part". Jean-Louis Borloo (UDF), proche de François Bayrou, ne fait pas dans la demi-mesure : "C'était absolument nul !" "Où est le débat annoncé ?", s'interrogent Maurice Leroy (UDF) et Maxime Gremetz (PCF).

"Il ne sera jamais président…"

Face à ce flot de mécontentement, le premier secrétaire du PS, François Hollande, s'est empressé de défendre la politique gouvernementale. "Il y a le temps pour la joute, pour la polémique, pour la compétition électorale. Il y a le temps de l'union, du rassemblement sur des objectifs qui ne devraient pas diviser", a-t-il plaidé, lançant au passage un coup de griffe au président de la République : "Il ne s'agissait pas cet après-midi de se lancer dans je ne sais quel discours lyrique. Il y a des spécialistes pour cela. Mais nous ne sommes pas en campagne électorale. Nous sommes ici pour répondre aux interrogations des Français".

Même son de cloche du côté des écologistes. Tout en regrettant le "manque de souffle" de Lionel Jospin, Marie-Hélène Aubert (Verts) soutient que "les Français attendaient des explications précises" du gouvernement. "C'était un discours plan-plan, sans perspective. Ceux qui attendaient une déclaration forte sur le rôle de la France sont restés sur leur faim", a regretté Georges Sarre (MDC), le bras droit du candidat Chevènement. Un membre éminent de la gauche plurielle se fait plus vachard : "Si Jospin continue comme ça, il ne sera jamais président de la République"…

Par Philippe MATHON le 04 octobre 2001 à 20:08
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