© INTERNETf1.fr : Pourquoi faut-il encore fêter l'abolition de la peine de mort, vingt ans après ? La chose semble pourtant acquise…
Michel Taube : Il est vrai. Cette abolition est intervenue, très tard par rapport à ses voisins d'Europe occidentale, mais elle est intervenue. Ces célébrations sont une manière de rendre hommage à tous ceux qui se sont battus dans les années 60 et 70 pour l'abolition de la peine de mort, comme Badinter, la Ligue des droits de l'homme, Mitterrand, Seguin, Chirac… Ensuite, il est important de rappeler que ce combat est encore très actuel. Si on a aboli il y a 20 ans en France, il reste 87 pays qui pratiquent la peine de mort. Et ça, aujourd'hui, l'opinion publique ne l'accepte plus. A ces pays, il faut expliquer qu'abolir la peine de mort n'est pas une question de crime, que la peine de mort n'a jamais été dissuasive, nulle part, et qu'il y a d'autres moyens que la chaise électrique ou la guillotine pour mettre à l'abri la société de ces individus. Il faut qu'ils comprennent que la peine de mort n'est pas la justice, c'est la vengeance. Et ce n'est pas le rôle de la justice de se venger.
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Tf1.fr : Six mois après sa tenue, quel bilan tirez-vous du premier Congrès mondial sur la peine de mort que vous avez organisé à Strasbourg ?
Michel Taube :
Le bilan peut se faire à plusieurs niveaux. D'abord, un succès médiatique. L'information a été très bien relayée. Ensuite, de nombreux présidents de parlements ont répondu à notre appel. Depuis, de nombreux autres ont signé l'appel de Strasbourg. Et c'est très important puisque ce sont les parlementaires qui votent l'abolition d'une loi. Ensuite, décision a été prise à l'occasion de ce congrès de créer une coalition mondiale contre la peine de mort, qui portera ses fruits d'ici un an ou deux. Elle réunira ONG, associations, avocats, politiques, journalistes, collectivités locales…. Ce front uni proposera un traité international qui condamne la peine de mort.Tf1.fr : Que dire aujourd'hui à un pays comme la Chine ?
Michel Taube : Il y a depuis quelques années tout un travail de débats, de discussions engagé avec les autorités de ces pays, pour expliquer qu'il y a d'autres moyens que la peine de mort et la torture pour réduire la criminalité. Et je pense qu'ils ont envie de changer. Je sais que le ministère de l'Intérieur chinois a demandé aux occidentaux à ce que ses policiers soient formés pour obtenir des aveux autrement que par la torture…. Les abolitionnistes sont aujourd'hui très optimistes avec la Chine. Elle a obtenu l'organisation des JO pour 2008 et est en train de s'ouvrir sur le commerce international en adhérant à l'OMC. Je suis convaincu que si, en 2008, la Chine n'a pas bougé en matière de droits de l'homme, les délégations nationales de pays comme la Suisse, la Scandinavie, l'Espagne, le Portugal, la France, le Canada, l'Amérique du Sud… refuseront de faire partir leurs athlètes si au même moment ou dans l'année qui précède, ils apprennent la poursuite d'exécutions massives dans ce pays. D'ici sept ans, on a enfin une accroche possible de la Chine.
Tf1.fr : Et que dire aux USA, après les attentats de septembre ?
Michel Taube : Jusqu'au 11 septembre dernier, les choses commençaient à sérieusement bouger outre-atlantique, tant dans les faits que dans les sondages d'opinion. Les partisans de la peine de mort sont passés pour la première fois de 80 à 66%. 13 Etats sur 50 ont déjà aboli cette pratique. Plusieurs autres, comme l'Illinois, ont adopté des moratoires sur l'application de la peine de mort, à la suite de la publication de rapports mettant en évidence de nombreuses erreurs ou laxismes des autorités judiciaires. Une délégation de l'ECPM va se rendre sur place d'ici la fin du mois pour rencontrer des abolitionnistes et voir comment les choses peuvent évoluer au regard des récents événements.
(Photo Une : Michel Taube, crédit afp )
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