Ironie du sort. Ce vendredi 12 octobre, à midi, un bus entièrement déguisé en publicité pour McDo circule sur le boulevard Saint Germain. Sur cette même artère, au cœur de Paris, le trottoir du restaurant Mc Donald's a des allures festives. Syndicats et associations se sont joints pour administrer une piqûre de rappel au roi du fast-food : en distribuant tracts et sandwichs traditionnels à la porte de l'établissement, ils tiennent à rappeler aux consommateurs que cet endroit a été le théâtre d'une lutte syndicale bien loin d'être terminée.Restaurant symbole de la première grève
En décembre 2000, une partie du personnel du McDo de St Germain avait occupé les lieux pendant 14 jours, afin de protester contre les conditions de travail, le harcèlement moral et la précarité extrême des "jobs" proposés par la firme. C'était une première mondiale, et un succès : McDo n'a pu licencier les grévistes, qui ont obtenu en partie satisfaction.
En partie… Jean-Claude, l'un des leaders de la grève de l'an dernier, travaille toujours là. Il explique que depuis la grève, la direction s'efforce de marginaliser les employés syndicalisés, et que les augmentations de salaire ont été dérisoires. Mais "rien que le fait de l'avoir fait, c'est une victoire. Maintenant, les salariés qui ont un problème savent à qui s'adresser".
Indulgente sympathie
Autour du restaurant, les manifestants interpellent les clients prêts à s'offrir un Big Mac. Jean-Claude entame une conversation avec une jeune fille qui vient de sortir du fast-food. Elle regarde le tract, lit les textes sur la malbouffe, le non respect de l'écologie, les conditions de travail, et souffle "c'est pas nouveau", avant d'ironiser sur les Nike de Jean-Claude : "tu sais ce qu'ils font, Nike ?". A l'intérieur, derrière la véranda, une jeune femme qui vient de terminer son repas, regarde avec dépit les affiches placardées contre la vitrine, sur lesquelles un "BEURK" est pris entre deux pains ronds : "elles ne disent rien, ces affiches, on a l'impression que c'est une contestation dans le vide". Autour, la plupart des clients mangent tout en lisant les tracts, comme si les deux étaient faits pour cohabiter, comme si cette manifestation et les revendications qu'elle est censée porter étaient déjà digérées, assimilées. La gérante contemple, dépitée. Les RG surveillent, amusés. Les passants s'arrêtent avec une indulgente sympathie. Les clients traversent et vont quand même déjeuner.Entre revendications syndicales et anti-mondialisation
Brune et Marie, toutes deux adhérentes à Attac et à l'Unef, estiment qu'il y a un problème de communication. "Avoir un discours moralisateur et pousser les gens au boycott ne suffit vraiment pas. Le but de notre action devrait être de montrer aux employés de McDo que le pouvoir est à l'intérieur même de la boîte, de mettre en avant ceux qui se battent, d'éviter que les salariés de McDo ne s'écrasent par peur".Les employés, à l'intérieur, n'ont pas vraiment le temps de s'y intéresser. La pression est palpable. Catherine, SDF, vient tous les jours. Elle les connaît bien, ces employés : "Ils bossent comme des malades. Ils sont pas toujours payés à temps. Ah, j'aimerais pas bosser ici, c'est clair. Et cette boîte fait beaucoup de mal à l'écologie. Mais les gens s'en foutent de la bouffe. Et le jambon de leurs sandwichs, là, dehors, c'est aussi de la saloperie, non ?".