Corse : les sénateurs démontent le processus Matignon

Par Philippe MATHON, le 07 novembre 2001 à 00h14 , mis à jour le 05 novembre 2001 à 18h20

La droite sénatoriale n'a pas ménagé ses critiques, mardi, au cours de la première journée consacrée à la discussion générale. Daniel Vaillant, à la recherche d'un hypothétique consensus, s'est dit "disponible pour continuer à améliorer ce texte, sans toutefois le dénaturer".

Le Sénat © INTERNE

Manifestement, ça le démangeait. Fragilisé par ses récentes déclarations relatives à la création d'un centre de détention sur l'île de Beauté et par la défiance des sénateurs vis-à-vis de son projet sur la Corse, Daniel Vaillant y est allé encore de sa petite phrase, dénonçant "les vieux réflexes de certains", mardi au Palais du Luxembourg. Preuve que les plaies ne sont pas encore cicatrisées.

"J'ai en mémoire des paroles excessives, parfois injurieuses, qui ne servent ni les intérêts de la Corse ni ceux de la République. Pour certains, parler de la Corse c'est avant tout se servir de la Corse", a-t-il lancé devant des sénateurs de droite courroucés. "Politicien !", "ça n'a rien à voir", a-t-on pu entendre dans les rangs très clairsemés de la Chambre haute.

"La société du fusil continue !"

Cette algarade exceptée, la première journée d'examen du projet de loi gouvernemental sur la Corse a surtout mis en évidence la féroce opposition de la droite sur le texte. Paul Girod (RDSE), rapporteur de la commission spéciale, a relevé dans le document des "imprudences majeures" susceptibles, selon lui, d'être en infraction avec la Constitution. Plus vindicatif, Jean-Pierre Raffarin (DL) a estimé que l'article 1 sur le transfert de pouvoirs législatifs et réglementaires constituait "un chiffon rouge qui bloque tout débat sur la décentralisation". "Vous êtes dans l'impasse. Il vous faudra tenir compte de nos remarques pour sortir des ambiguïtés permanentes", a-t-il lancé à l'adresse du ministre de l'Intérieur qui secouait ostensiblement le visage.

"La société du fusil continue en Corse !", a asséné ensuite le très chiraquien Josselin de Rohan, président du groupe RPR. Faisant des nationalistes des "ennemis de la France qui n'ont en rien renoncé à leurs méthodes", il affirme que "le processus de Matignon est, à leurs yeux, une étape sur la voie de l'indépendance et n'est rien d'autre". "Ainsi a-t-on promu au rang d'interlocuteurs privilégiés des hommes qui ne représentent pas le quart de la population corse et pas même la majorité des nationalistes, ainsi qu'en témoignent leurs luttes intestines", a déclaré le chef de file de la ligne "dure" au Palais du Luxembourg.

Défense tous azimuts

Face à ce déluge de critiques, Daniel Vaillant, assuré de l'appui du groupe socialiste, a fait le gros dos et maintenu le cap fixé par Lionel Jospin : d'accord pour "discuter voire améliorer le texte" mais pas question de le "dénaturer". Le ministre a défendu becs et ongles son projet en affirmant que "les dispositions du projet de loi se situent dans le cadre constitutionnel existant". S'exprimant sur un sujet sensible, la langue corse, le ministre a rappelé aux sénateurs qu'il s'agit "d'une offre généralisée de l'enseignement de la langue et non d'un apprentissage obligatoire pour chacun des élèves". Mais les regards de sénateurs sont restés dubitatifs.

Au sein des artisans du processus de Matignon, il y en a au moins un qui croit encore à un "compromis" entre le Sénat et l'Assemblée : José Rossi, le président (DL),de l'Assemblée de Corse. "Peut-être que cela relève de l'utopie. Mais sait-on jamais, parfois le bon sens peut prévaloir"… Le Sénat achèvera vendredi l'examen du projet de loi. Mais le "sens" souhaité par José Rossi ne sera sûrement pas au rendez-vous.

Par Philippe MATHON le 07 novembre 2001 à 00:14
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