© INTERNELes policiers en ont assez. Assez de la lourdeur des procédures administratives, assez de voir des délinquants qu'ils jugent dangereux relâchés dans la nature et plastronner en toute impunité sur leur terrain de chasse en attendant une hypothétique convocation du juge. Des dysfonctionnements que les Officiers de police judiciaire (OPJ) imputent directement à la nouvelle loi sur la présomption d'innocence -rebaptisée pour l'occasion "loi pour les voyous".
"Il en va de la sécurité des citoyens"
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Devant la sourde oreille des politiques, ils ont donc décidé d'attaquer frontalement le texte d'Elisabeth Guigou. Le Syndicat national des officiers de police (SNOP - majoritaire chez ces 15.000 fonctionnaires) vient ainsi de mettre en place une "cellule de veille". La cellule Ile-de-France existe depuis quinze jours. La couverture nationale est effective depuis hier.
"Grâce à nos quelque 10 000 adhérents, nous pouvons être alertés immédiatement des dysfonctionnements de la justice sur le suivi d'une affaire, explique Dominique Achispon, secrétaire général adjoint du SNOP. Nous vérifions alors les faits qui nous remontent. Et dans le cas d'un réel dysfonctionnement, du à la nouvelle loi, nous alertons les médias car il faut que cesse ce sentiment d'impunité créé par la loi Guigou". La semaine dernière, le Syndicat général de la police (SGP - 3ème syndicat chez les gardiens de la paix) a lui aussi instauré son "réseau d'alerte" auprès de ses délégués. Fin novembre, Synergie (second syndicat d'officiers), rendait public de son côté
un "florilège" du "laxisme" de la loi qui a été remis au gouvernement. Mercredi, on apprenait qu'un Juge des Libertés et des Détentions (JLD) du tribunal d'Evry (Essonne) avait remis en liberté sous contrôle judiciaire deux suspects d'un viol commis en 1997. "Ce type de remise en liberté discrédite notre travail", poursuit M. Achispon. "Nous ne sommes pas contre le fait qu'un délinquant coupable d'un simple vol à l'étalage reste en liberté dans l'attente de sa convocation au tribunal, mais pas quand il s'agit d'un viol ou d'un crime. Il en va de la sécurité des citoyens", déclare Patrick Mauduit, membre du bureau national de Synergie, qui n'hésite pas à qualifier la loi de "formidable accélérateur de la délinquance .Que chacun balaie devant sa porte
Interrogé par tf1.fr sur la mise en place de ce dispositif, Ulrich Chelchi, responsable du syndicat de la magistrature, estime que "critiquer les décisions de justice paraît assez sain. Mais concrètement, ce qui fait soucis avec ce projet c'est la partialité et l'orientation des observations des policiers. Je pense que ce type de mesure a plutôt pour conséquence d'alimenter le discours ultra-répressif et se situe dans la droite ligne de l'évaluation de travail des polices classiques qui fonctionne au nombre de crânes arrêtés dans le cadre d'une enquête. Si on évalue la justice à cette aune, les dés sont pipés dès le départ. Les commissaires ne sont pas des magistrats, ils n'ont pas à intervenir directement quand une décision judiciaire ne leur plaît pas. Enfin, pour respecter l'impératif d'objectivité et compte tenu du nombre élevé de procédures annulées parce qu'illégales, il serait utile que les policiers appliquent également l'auto-critique".
Côté politique, le Premier ministre a récemment confié une mission au député socialiste Julien Dray pour évaluer les conséquences de l'application de cette loi. Il doit remettre ses conclusions la semaine prochaine. La loi pourrait être révisée avant Noël.
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