86.000 SDF en France

Par , le 29 janvier 2002 à 07h59 , mis à jour le 29 janvier 2002 à 08h10

Au moins 86.000 personnes, dont 16.000 enfants, dorment en centre d'hébergement ou abri de fortune. Des informations qui ressortent de la toute première enquête jamais réalisée par l'INSEE sur cette population.

sdf © INTERNE

Depuis quelques années, des enquêtes parviennent à cerner les situations de pauvreté en France. Mais la population des sans domicile fixe était inconnue, avant l'enquête de l'INSEE lancée pour la première fois en janvier dernier auprès des sans abri eux-mêmes et rendue publique aujourd'hui. Et le résultat tombe : 63.500 adultes, accompagnés de 16.000 enfants, un grand nombre en bas âge, auxquels l'INSEE a ajouté les 6.500 étrangers hébergés dans les Centres d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA). Total : 86.000 sans abri.

Des chiffres en deçà de la réalité

SDF ?

Le terme de SDF recouvre des situations très variables, de la jeune femme battue qui a fui et vit depuis deux jours dans la rue au vieillard depuis dix ans sans domicile, en passant par le jeune fugueur ou l'étranger demandeur d'asile. La difficulté d'évaluation vient aussi de la mobilité géographique de cette population et de sa situation instable.

"Ce chiffre est un minimum, explique Cécile Brousse, co-auteur de l'enquête, car il ne prend pas en compte les SDF n'ayant eu recours, en une semaine, ni à un centre d'accueil, ni à une distribution de repas chaud". Ceux-là survivent avec le soutien des habitants du quartier, le produit de la manche, la nourriture glanée sur les marchés.

Ce chiffre ne prend pas non plus en compte les personnes qui vivent à l'hôtel à leurs frais (51.400 selon le recensement de 1999), chez des particuliers et familles éloignées (80.000 selon une enquête de 1996-97), ou encore, ayant trouvé refuge dans des constructions provisoires ou de fortune comme des baraques de chantier, locaux agricoles reconvertis, caravanes immobilisées (41.400 selon le recensement).

Un tiers des SDF a un emploi

Les trois-quarts de ceux qui dorment en centres d'hébergement et se nourrissent aux soupes populaires ont déjà eu un logement personnel, comme locataire le plus souvent. Environ 40 % l'ont perdu au cours de l'année précédant l'enquête (janvier 2001), et un sur deux, pendant cette année-là, a effectué une démarche pour retrouver un logement. Seuls, 14% disent ne pas souhaiter changer de mode de vie.

Si la majorité est au chômage (43%), inactifs ou dans l'impossibilité légale de travailler pour les étrangers (qui représentent près de 30 % des personnes à la rue), un tiers des sans abri a un emploi, mais qui ne lui permet pas d'accéder au logement. Le cadre ou chef d'entreprise à la rue est un mythe, souligne-t-on à l'INSEE, la grande majorité des SDF étaient issus de classes populaires. Quand ils travaillent, plus de 9 sur 10 sont ouvriers ou employés non qualifiés.

Le revenu moyen des SDF est de 380 euros, un quart percevant 180 euros. Peu a été dit jusqu'à présent sur l'endettement. Pourtant, c'est, révèle l'INSEE, un élément important, qui peut décourager le retour à la vie normale. 43 % des sans domicile sont en effet endettés.

Seule enquête de ce type en Europe, elle a mobilisé 350 enquêteurs qui ont reçu une formation spécifique. Ils se sont rendus dans 80 agglomérations tirées au sort parmi celles de plus de 20.000 habitants de France métropolitaine, qui regroupent 85% des aides aux sans-abri. 800 structures d'hébergement ont été visitées et 4.109 personnes sans domicile ont été interviewées individuellement du 15 janvier au 15 février 2001.

Par Alexandra Guillet le 29 janvier 2002 à 07:59
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