Bonnet condamné à un an de prison ferme

Par , le 11 janvier 2002 à 17h42 , mis à jour le 09 novembre 2007 à 18h19

L'ancien préfet de Corse a été condamné ce matin à trois ans de prison, dont un ferme, par le tribunal correctionnel d'Ajaccio. Il était jugé dans l'affaire des incendies de paillotes du printemps 1999. Il a décidé de faire appel.

bonnet corse paillotes © INTERNE

Le verdict est tombé vendredi matin. Le préfet Bernard Bonnet écope de trois ans de prison, dont un ferme, et trois ans d'interdiction de ses droits par le tribunal correctionnel d'Ajaccio dans l'affaire des paillotes incendiées en Corse. "Alors qu'il avait l'éminente responsabilité de conduire la politique de rétablissement de l'Etat de droit en Corse, il a mis cette politique en péril et discrédité l'action de l'Etat depuis février 1998", argumente le tribunal dans les attendus du jugement. "Cette lourde responsabilité impose une application rigoureuse de la loi pénale", écrivent les juges. Pour le tribunal, M. Bonnet a été "l'instigateur" des faits qu'il "a initiés" en "abusant des pouvoirs exceptionnels dont il avait été investi lors de sa nomination après l'assassinat du préfet Erignac", le 6 février 1999.

Dans son verdict, le tribunal s'est toutefois montré plus clément que le procureur de la République qui avait requis quatre ans de prison, dont trois ferme à l'encontre de Bernard Bonnet. L'ancien directeur de cabinet Gérard Pardini et le colonel de gendarmerie Henri Mazères ont également été condamnés à deux ans et demi de prison dont six mois ferme. Des peines de 18 mois avec sursis à six mois de prison ferme ont été prononcées contre les cinq autres gendarmes qui ont reconnu avoir incendié le restaurant de plage "Chez Francis" le 20 avril 1999.

Bonnet change d'avocat et fait appel

"Ce qui s'est passé ce matin est très grave", a réagi le préfet, présent à l'énoncé du jugement. Le préfet s'est dit condamné pour un "ordre (qu'il n'a) pas donné" et s'en est de nouveau pris au gouvernement Jospin. L'ex-préfet de Corse, qui vient d'engager l'avocat Jacques Vergès, a renouvelé son intention de faire appel. Il entend même se pourvoir éventuellement en cassation par la suite, puis saisir la Cour européenne des droits de l'Homme. Pendant les débats, Bernard Bonnet avait clamé son innocence, affirmant qu’il avait été victime d’un complot fomenté dans les plus hautes sphères gouvernementales.

Vergès accuse

 

"Les responsables de cette affaire sont la direction de la gendarmerie agissant sur l'ordre du gouvernement. C'est clair", a déclaré Me Vergès, en estimant que son client était "un bouc émissaire". "Je maintiens que Bernard Bonnet n'a pas donné d'ordre (d'incendier les paillotes) et qu'il n'y a dans le dossier aucune preuve, sauf les déclarations des coupables", a dit l'avocat, qualifiant de "très grave et très surprenant" le jugement prononcé vendredi par le tribunal correctionnel d'Ajaccio. Les gendarmes qui ont incendié les paillotes "ont agi sur l'ordre du gouvernement", et Matignon a "couvert la pantalonnade", a-t-il ajouté, estimant que le préfet Bonnet "portait le chapeau d'une politique de manipulation et de provocation en Corse". "Dans cette affaire, il y a un mystère Matignon et un mystère gendarmerie, nous voulons que ce mystère soit éclairci", a-t-il dit.

"On peut faire confiance à la justice en Corse"

 

Le patron de Chez Francis s'est quant à lui dit "assez satisfait" du jugement rendu, qui "prouve qu'on peut faire confiance à la justice en Corse". "Un an de prison ferme contre Bonnet, ça me paraît juste", a commenté Yves Féraud.  "Ce jugement montre que le plus haut représentant de l'Etat en Corse a ordonné l'incendie d'une paillote, et ça c'est grave", a estimé Yves Féraud.

Par Alexandra Guillet le 11 janvier 2002 à 17:42
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