Mort d'un clandestin

Par Franck LEFEBVRE, le 20 janvier 2002 à 21h08 , mis à jour le 19 janvier 2002 à 21h14

Un homme d’une vingtaine d’année qui tentait de passer clandestinement en Grande-Bretagne est mort dans la nuit de vendredi à samedi à l’entrée du tunnel sous la Manche. Un drame qui relance le débat sur le centre d'accueil de Sangatte. Des dizaines de réfugiés de ce centre tentent la traversée chaque nuit ; en l’an 2001, au moins sept d’entre eux sont morts.

clandestins arrestation tunnel © INTERNE

L’homme qui est mort électrocuté par une caténaire à l’entrée du tunnel sous la Manche, dans la nuit de vendredi à samedi, avait environ vingt ans. Et il tentait de passer clandestinement en Angleterre sur le toit d'un train de marchandises. De lui, c’est tout ce que l’on sait pour l’instant. Mais ce mort pour l’instant non identifié relance la polémique sur le centre d'accueil de Sangatte. Car, une demi-heure avant la découverte du corps, le train avait été pris d'assaut par une cinquantaine de clandestins venus de ce centre. Et il est fort probable que le mort retrouvé dans la zone fret de la SNCF venait, lui aussi, du centre d'accueil de Sangatte – un ancien hangar d'Eurotunnel, réquisitionné par l'Etat en septembre 1999 et confié à la Croix-Rouge, qui abrite aujourd'hui près de 1.200 personnes. Pour la seule année 2001, au moins sept autres clandestins sont morts en tentant la traversée et la Police aux frontières a procédé à 75.000 interpellations.

Comme tous les autres convois de marchandises qui empruntent le tunnel sous la Manche, ce train avait fait l’objet d'une vérification minutieuse avant son départ. Des opérations de vérification longues et coûteuses, qui ne sont pourtant plus suffisantes, car les clandestins sont prêts à courir tous les risques pour passer en Grande-Bretagne, réputée plus favorable aux réfugiés. De même, la société Eurotunnel a déjà investi plus de cinq millions d'euros dans le renforcement de la sécurité ; elle a estimé en 2001 à près de 25 millions d'euros les pertes de revenu liées aux intrusions répétées sur son site.

Visite interdite…

N’ayant pu obtenir l’abrogation de l'arrêté de réquisition du hangar qui abrite, encore aujourd’hui, le centre d’accueil de Sangatte, Eurotunnel est allé jusqu’à assigner l’Etat français en justice. Le raisonnement est simple : le concessionnaire estime que l'Etat a l'obligation légale d'assurer la protection du site du terminal ; or, selon lui, l'arrêté a eu pour conséquence "de concentrer à 2 km du terminal d'Eurotunnel" les candidats à l'immigration illégale en Grande-Bretagne. L’Etat est donc responsable des tentatives des clandestins. Mais la justice ne l’entend pas de cette oreille : le 11 septembre 2001, le tribunal administratif de Lille a rejeté le recours en référé d'Eurotunnel, au motif que "l'urgence invoquée par les requérants n'était pas directement liée à l'arrêté de réquisition". La société a depuis déposé un nouveau recours, il y a quelques jours, devant le même tribunal.

Fait symptomatique des tensions que cristallise le centre de réfugiés de Sangatte, la candidate radicale de gauche à la présidentielle, Christiane Taubira, y a fait une visite éclair samedi matin. Il s’agissait de son premier déplacement de campagne, un "choix emblématique" des "valeurs humanistes" qu'elle veut défendre. Mais la candidate du PRG a dû se contenter d'un bref aperçu de l'installation, seulement accompagnée du directeur Michel Derr qui a expliqué que la consigne était désormais: plus de visite pour les candidats "compte tenu du contexte électoral".

Photo d'ouverture : des clandestins qui tentaient de passer en Grande-Bretagne arrêtés par la police - DR

Par Franck LEFEBVRE le 20 janvier 2002 à 21:08
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