Otages du Liban : la piste Safa

Par Franck LEFEBVRE, le 05 janvier 2002 à 13h37 , mis à jour le 05 janvier 2002 à 13h44

Nouveau développement dans l'affaire du présumé détournement de la rançon qui aurait permis la libération des otages du Liban en 1988. Le Monde révèle qu'un mandat d'arrêt international a été lancé fin décembre contre un homme d'affaires libanais, Iskandar Safa. Répondant aux accusations de complot politique de Charles Pasqua, Daniel Vaillant contre-attaque.

liban otages liberation © INTERNE

Depuis l’annonce, par l’Est Républicain, de la mise en examen de deux proches de Charles Pasqua pour "recel de blanchiment aggravé" et "recel de trafic d'influence aggravé", le président du RPF ne décolère pas. Marie-Danièle Faure et Christiane Marchiani, l'épouse du député européen, sont soupçonnées d'avoir détourné une partie de la rançon qui aurait été versée en 1988 par l'Etat français pour la libération des otages du Liban. L'affaire a éclaté après la transmission au parquet de Paris d'une note de la DST faisant état de mouvements de fonds qui seraient liés au détournement d'une rançon. Pasqua, lui, crie au complot politique et accuse un "cabinet noir" de Matignon d’avoir monté toute l’affaire. D’ailleurs, jure-t-il, soutenu en cela par l'ex-conseiller de Chirac à Matignon, il n’y a jamais eu de rançon versée par l’Etat français...

Mais après l’Est Républicain, Le Monde révèle à son tour, samedi - révélation confirmée de source proche de l'enquête - qu'un mandat d'arrêt international a été lancé fin décembre par la justice française contre un homme d'affaires libanais. Il s'agit d'Iskandar Safa, qui n'aurait pas déféré à une convocation de la police en décembre. Or, c'est précisément sur le compte suisse des frères Safa, deux Libanais ayant participé aux négociations, qu'aurait atterri une partie de la fameuse rançon... De son côté, la radio RTL, citant l'avocat d'Iskandar Safa, affirme que l'homme d'affaires, qui a des bureaux à Paris, serait actuellement à Abou Dhabi "car il se trouvait dans l'obligation d'honorer un important contrat  aux Emirats arabes unis"... Une version qui n'a cependant pas convaincu la juge Isabelle Prevost-Desprez, qui a réclamé le mandat d'arrêt international.

Daniel Vaillant entre en lice

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Charles Pasqua va aussi devoir faire face sur un autre front. La virulence de sa contre-attaque ne pouvait laisser indifférent le ministre de l'Intérieur. Samedi, Daniel Vaillant est entré à son tour en lice : dans un communiqué, il affirme que "tous les fonctionnaires qui ont eu à intervenir" dans l'affaire du blanchiment présumé liée à la libération des otages du Liban, "n'ont fait que leur devoir, conformément à la loi". Et le ministre de l'Intérieur confirme que "des informations accompagnées de documents originaux" ont été confiés à la Direction de la surveillance du territoire", "laissant présumer l'existence d'infractions en matière de blanchiment d'argent".

"Le directeur de ce service, poursuit le communiqué, était obligé, de par la loi et plus précisément l'article 40 du code de procédure pénale, de communiquer ces informations à l'autorité judiciaire seule susceptible d'apprécier les suites à leur réserver". Le ministre confirme que les documents ont été transmis en janvier 2001 par la DST à la direction de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris, qui en a alors avisé le parquet de Paris.

Illustration d'ouverture: Photo prise le 23 avril 1988 à l'aéroport de Beyrouth après une nuit de négociations pour la libération des otages français du Liban, du préfet Jean-Charles Marchiani (dos G), en compagnie de l'homme d'affaires libanais Iskandar Safa (2eD) - AFP

Par Franck LEFEBVRE le 05 janvier 2002 à 13:37
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