© INTERNENote de la DST, enquête judiciaire, versement ou non d’une rançon, fronde de Charles Pasqua et de Jean-Charles Marchiani. Depuis une semaine, les modalités de libération des quatre derniers otages français du Liban en 1988 rythment quotidiennement le monde politique et judiciaire de l’Hexagone. Jeudi, c’est Eric Rouleau, l’ancien ambassadeur de France en Tunisie, qui apporte de nouvelles informations. S’estimant "délivré de son devoir de réserve", le diplomate s’exprime dans
Le Figaro et Le Parisien. Ses révélations ne portent pas précisément sur le versement éventuel d’une rançon en 1988, mais sur des faits liés s’étant produits deux ans plus tôt.En mars 1986, Eric Rouleau est en poste dans la capitale tunisienne, où siège l’OLP. Au début du mois, à quelques jours des élections législatives où la droite est donnée grande favorite, François Mitterrand lui demande secrètement, via ses contacts dans les milieux palestiniens, d’aller négocier en Iran, marraine du Hezbollah, la libération des quatre otages français détenus à Beyrouth. Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères, lui fixe quatre conditions : "pas de rançon, pas de livraison d’armes à l’Iran, pas d’extradition de réfugiés politiques iraniens et pas question de stopper les livraisons d’armes à l’Irak".
"Emissaires de l’opposition"
Le 13 mars, malgré les exigences françaises, Eric Rouleau affirme qu’il tombe d’accord avec le gouvernement iranien. En contrepartie de la grâce accordée à Anis Naccache, chef du commando qui avait tenté d’assassiner Chapour Bakhtiar à Paris en 1980, les otages seront remis à Roland Dumas par Hafez-el-Assad à Damas le 15 mars, la veille des législatives.
Le 14 mars, toujours selon Eric Rouleau, tout capote. On lui explique que des "émissaires de l’opposition" et du "RPR" ont fait monter les enchères avec des "propositions mirobolantes". Ils se trouvaient dans la pièce… d’à côté de celle où se tenaient les négociations. L’Iran préfère jouer la carte du futur gouvernement. Les otages restent donc dans leur geôle.
Quid des "propositions mirobolantes" ?
Ces déclarations rejoignent en partie la grande question : le versement d’une rançon figurait-elle parmi les propositions de "l’équipe Chirac", comme la nomme l’ancien ambassadeur ? Oui, affirme la DST dans sa note. Oui, affirme Christian Prouteau. Mardi, l’ex-chef de la cellule antiterroriste de l’Elysée disait dans Le Parisien que le gouvernement Chirac avait accepté d'avancer des fonds à l'Iran (600 millions de dollars) en règlement du contentieux financier Eurodif, somme qui constitue selon lui une "rançon cachée". Non, s’insurgent en chœur Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani, Maurice Ulrich (directeur du cabinet de Chirac à Matignon) et Edouard Balladur.
Dans Le Figaro, Eric Rouleau note que "l’hypothèse de la rançon est parfaitement plausible". Il s’aligne notamment sur la théorie de Christian Prouteau. "Si rançon il y a eu, il est plus probable qu’elle ait pris la forme de commissions liées au règlement du dossier Eurodif. Je crois moins à la version de valises de billets tirés des fonds secrets". "Les Iraniens, qui avaient obtenu ce qu’ils voulaient avec Eurodif, n’avaient pas besoin de mallettes de billets" conclut-il dans Le Parisien.
(photo d'archives afp)
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