© INTERNEA 71 ans, d'après l'un de ses collaborateurs, "il était très jeune. Il avait une vitalité extraordinaire. Jusqu'au bout, de son lit d'hôpital, il corrigeait encore les travaux de ses collaborateurs". La vie du sociologue Pierre Bourdieu, mort ce jeudi matin des suites d'un cancer, était entièrement dédiée à la sociologie, dont il restera l'une des figures les plus influentes.
Plus que cela, Pierre Bourdieu était un intellectuel français majeur de la deuxième moitié du XXème siècle : "il est non seulement une grande figure de la sociologie française, mais aussi internationale. Même si elles ont été beaucoup discutées, partout dans le monde, ses théories ont imprimé leur marque", estime Martine Fournier, journaliste au magazine Sciences Humaines. "Il a produit une œuvre considérable qui est déjà une base pour les étudiants".
Domination et habitus
L'œuvre de Bourdieu, ce sont des dizaines de livres et d'articles illustrant une vision déterministe de la société. Pour lui, l'individu n'est que le produit de mécanismes de domination sociale qu'il reproduit et intègre malgré lui sous forme d'habitus.
Cette théorie, il l'illustrera d'abord en 1964 en publiant avec Jean-Claude Passeron Les Héritiers, dans lequel il montre comment l'enseignement perpétue l'inégalité des chances, en valorisant le capital social et culturel des étudiants. "Il avait une conception très limitée de l'autonomie de l'acteur", explique Martine Fournier. "C'est une théorie très forte, qui a permis de faire avancer à grand pas la sociologie du XXème siècle, mais qui était aussi évolutive. Il l'a montré en allant sur le terrain avec La Misère du Monde'" Ce livre, paru en 1993, est une vaste enquête sur la souffrance sociale, autant un ouvrage de sociologie qu'un brûlot politique.
Poil à gratter
Car Pierre Bourdieu n'est jamais resté assis confortablement derrière sa chaire du Collège de France. Il a assorti son œuvre d'une action politique et sociale, d'un engagement permanent, qui le verront lutter aux côtés des sans-papiers et des grévistes de 1995 et fonder en 1993 le Comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA). Ces dernières années, il s'était constitué une image de poil à gratter de la gauche, par des interventions remarquées et largement médiatisées. Sociologues, politiques, ou grand public, il était difficile de rester indifférent à ses prises de positions sans concession.
La sociologie, elle, ne pourra pas ignorer le travail d'un de ses plus grands penseurs : "même ceux qui le contestent aujourd'hui s'inspirent de son travail", explique Martine Fournier. "C'est un très très grand qui s'en va. Les prochaines années seront probablement marquées par un retour important sur son oeuvre".
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