Sondages : "cette loi est une demi-censure"

Par , le 23 janvier 2002 à 16h57 , mis à jour le 30 juin 2004 à 20h10

L’Assemblée étudie aujourd’hui le projet qui devrait autoriser la diffusion des sondages jusqu’au vendredi précédant un scrutin, contre une semaine jusqu’à présent. Jean-Marc Lech, co-président d’IPSOS, dénonce le texte et a déjà trouvé la parade.

lech president ipsos © INTERNE

Les sondages autorisés jusqu'à la fin des campagnes ?

- tf1.fr : Que pensez-vous du projet gouvernemental ?
- Jean-Marc Lech
 : Je ne suis pas du tout satisfait. Les 25 ans d’interdiction ont fait beaucoup de mal à la profession. En raison des délais, les ultimes sondages publiés étaient en fait réalisés neuf à dix jours avant un scrutin. Or on sait très bien que plus en plus de Français se décident désormais au dernier moment. Il pouvait donc y avoir des différences non négligeables. Avec ce texte, on transforme un interdit en une demi-censure ou une demi-liberté.

- tf1.fr : Que réclamez-vous ?
- J.M. Lech :
Je souhaite pouvoir travailler jusqu’au bout. Comme on ne fait pas voler les avions sans aiguilleurs du ciel, je ne comprends pas pourquoi on ne pourrait pas donner des informations le jour même du scrutin. Les enquêtes "sorties des urnes" ne sont pas les résultats de 20h. Mais, techniquement, ces sondages sont très fiables. On doit donc pouvoir instruire les gens qui ne sont pas encore allés déposer leur bulletin sur ce qu’on fait les autres avant eux. Notre projet est de le faire via un numéro de téléphone, comme c’est déjà le cas en Italie (ndlr : numéro qui sera surtaxé).

"On n'oblige personne à téléphoner"

- tf1.fr : Vous risquez aussi dans ce cas d’influencer les électeurs et donc le résultat du scrutin.
- J.M. Lech
 : Tout à fait. Mais tout sondage, quelle que soit sa date de publication, influence. L’an passé, pour les municipales, on prédisait une vague rose. Résultat : les électeurs de droite se sont mobilisés au point de donner la victoire à leur camp. Si en diffusant un sondage le dimanche, on permet à des gens tentés par l’abstention de se déplacer, alors tant mieux. Et il faut faire la différence entre influence et manipulation.

- tf1.fr : Vos détracteurs estiment qu’en mettant en place un numéro surtaxé, votre but est essentiellement financier...
- J.M. Lech :
Je réponds qu’avec la loi de 1977, on gagnait beaucoup plus d’argent. Elle a même permis au secteur de se constituer un trésor de guerre. Seule la diffusion des sondages était interdite, pas leur réalisation. Or ce qui est rare est cher. Et on arrivait parfois à revendre la même enquête à quatre ou cinq reprises. Le système envisagé aujourd’hui par Ipsos est simple : si personne ne téléphone, je ne gagne pas d’argent. Si les gens appellent, je gagne de l’argent.

- tf1.fr : Si le projet est maintenu, que comptez-vous faire ?
- J.M. Lech :
Si la date limite reste fixée au vendredi minuit, nous installerons nos lignes téléphoniques le samedi dans tous les cas. Quant au dimanche, cela dépendra des éventuelles sanctions prévues dans la loi.

POUR ALLER PLUS LOIN
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Propos recueillis

Par Fabrice Aubert le 23 janvier 2002 à 16:57
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