© INTERNETf1.fr : Le livre que vous venez de publier est le fruit d'une longue enquête au sein des 122 zones d'attente et des 22 centres de rétention administrative de la République. Qu'avez vous constaté ?
L.M. : J'ai été frappé de constater qu'à quelques mètres de lieux que nous avons l'habitude de fréquenter, comme les halls d'aéroports, existent encore des geôles dignes du Moyen-Age. Nos zones d'attentes ou autres centres de rétention administrative sont des prisons pour étrangers. En juin dernier, dans la zone d'attente du terminal 2A de Roissy, j'ai vu 70 demandeurs d'asiles entassés dans 40 mètres carrés. Un vrai navire négrier. Ils ne savaient absolument pas ce qu'ils allaient devenir. Même constat -pour ne citer que les plus saisissants- au dessous des ors du Palais de Justice de Paris, où les sans papiers en attente d'une expulsion sont parqués dans des salles insalubres, sans fenêtres, les plateaux repas jetés au sol. Ces locaux suent l'ennui et l'angoisse. C'est inadmissible dans une démocratie.
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Plus grave encore, les droits élémentaires des demandeurs d'asile, ils sont 48 000 en France, sont bafoués. Un rapport de l'Anafé (1) fait même état de violences, d'insultes à leur encontre. Rien n'est fait pour faciliter les démarches d'un réfugié. Ainsi, j'ai pu constater de mes propres yeux que si un étranger dit à un officier qu'il est en danger dans son pays, que des parents ou des amis à lui ont été massacrés, il sera quand même renvoyé dans son pays car il n'aura pas prononcé la sacro-sainte formule : "je demande l'asile politique".
Tf1.fr : Comment se fait-il que cette situation existe en France, terre des droits de l'homme?
L.M. : En France, nous souffrons du fait qu'il n'y a aucune politique d'immigration. Quand nous avons besoin de l'Empire colonial pour faire la guerre ou faire tourner les usines, on fait venir les étrangers. Sinon, on les fait repartir. Autant je suis contre la politique dite des quotas, autant je pense qu'il faut s'ouvrir un peu plus. Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) a plusieurs fois fait des remontrances à la France, dénonçant notamment la lenteur des procédures, certaines préfectures mettant près de six mois pour délivrer la première autorisation provisoire de séjour permettant de saisir l'OFPRA. Pendant ce temps, les demandeurs deviennent clandestins, ne peuvent pas travailler, se soigner, ni scolariser leurs enfants. La Cour européenne des droits de l'Homme aussi a prononcé plusieurs condamnations
L.M. : C'est ce que prévoit le traité d'Amsterdam. La date butoir est 2003. D'ici là, deux directives doivent être adoptées à l'unanimité par le conseil des ministres, ce qui paraît difficilement faisable. La première est relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres. Le texte accordera notamment aux demandeur des droits au logement, à la nourriture, à l'habillement, à une allocation journalière, à la scolarisation des enfants, à la recherche d'un travail après un délai de six mois". Autant de mesures qui me paraissent indispensables. La deuxième directive créé pour les étrangers un statut de résident de longue durée à l'intérieur de l'Union, valable 10 ans et renouvelable de plein droit à son échéance.
Tf1.fr : Quelles mesures prendre en urgence pour améliorer la situation ?
L.M. : Quand il était Premier ministre, Michel Rocard avait dit "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais la France doit en prendre sa part". Si l'histoire n'a retenu que la première partie de cette phrase, c'est pourtant la deuxième qui est la plus importante. Il faut prioritairement faire des zones d'attentes des endroits propres, former les agents de la police aux frontières à une réception plus correcte de ces individus en souffrance. A 5 heures du matin un policier de base s'adresser à trois africains en ces termes : "dépêchez vous les artistes !"
Ensuite il faut les accueillir de façon plus digne, en appliquant notamment les mesures citées précédemment dans les directives européennes. Qui plus est, selon l'ordonnance de 45, les demandeurs d'asile ont droit à des "prestations hôtelières", dont on est loin la plupart du temps. La Belgique ou les Pays-Bas ont dix fois plus de lits que nous. En France, le gouvernement en ouvrira 3000 de plus en 2002, il en faudrait 30 000. Ce n'est pas au-dessus de nos moyens financiers, mais en ce moment l'esprit est au tout sécuritaire. Le gouvernement, qui se réclame d'un certain nombre de valeurs devrait se bouger davantage.
Enfin, les zones dites "internationales" sont réputées extraterritoriales. Elles sont inaccessibles aux associations et aux journalistes. Quant aux zones d'attente, les ONG n'ont le droit d'y pénétrer que huit fois par an. Il faut les rendre libre d'accès pour que les associations et la presse puissent faire valoir les droits de ces étrangers. Car bien souvent, les demandeurs d'asile sont l'objet d'énormes pressions pour les faire repartir aussitôt dans leur pays, avant même la fin du jour franc.
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Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangersPhoto : Louis Mermaz
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