Giscard à la barre, Raymond Depardon OK

Par Philippe MATHON, le 20 février 2002 à 06h30 , mis à jour le 19 février 2002 à 17h58

Deux mois avant le premier tour de l'actuelle élection présidentielle, sort un film devenu culte par l'interdiction dont il a fait l'objet. Le savoureux "1974, une partie de campagne" relate la campagne victorieuse de Valéry Giscard d'Estaing.

Visuel du documentaire 1974 UNE PARTIE DE CAMPAGNE © INTERNE

Parler de 1974, une partie de campagne, c'est, comme dirait la chanson, parler d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

1974. Pour l'épreuve présidentielle, Giscard, très impressionné par Primary, (un film de 1960 traitant des élections primaires démocrates dans le Wisconsin mettant en scène le séduisant JFK), choisit de mener une campagne "à l'américaine". Cotillons, fanfares, jeunes "fans" avec tee-shirt "Giscard à la barre" placés au premier rang des meetings… Tout est fait pour dépoussiérer l'image d'Epinal d'une réunion politique. VGE, comme on dit alors, est au zénith de sa carrière politique.

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Mais à l'époque, et c'est tout l'intérêt de ce documentaire, nous ne sommes qu'au Neanderthal de la communication politique. Pas d'attachée de presse, de "gourou" ni de service de sécurité. Non, en 1974, tout semble se faire à la bonne franquette. Se côtoient les conseillers sans âges, les lunettes aux montures écaillés, les téléphones à cadran, les DS… Des scènes gentiment désuètes au regard de la campagne actuelle. Personne n'est là pour dire au candidat que sa mèche de cheveu part en quenouille. Alors, de temps à autres, on voit un VGE très "pro" sortir subrepticement un peigne de sa poche et réparer incognito l'incident de parcours. Sauf que la caméra de Raymond Depardon était là aussi.

La campagne du candidat Giscard s'effectue à un train d'enfer. Hélicoptère, avion, automobile, train, tous les moyens de locomotion défilent. Rien n'est trop bon pour que VGE "sente" la France. "Heureusement qu'une campagne présidentielle ne dure pas trois mois", lâche-t-il un soir, repu… Tour à tour on le voit commentant - lors d'un dîner des partisans - sa prestation télévisée qui vient de passer à l'écran et s'accorder un bienveillant satisfecit... Ou discuter, non sans un certain cynisme, de la stratégie à adopter à la veille du second tour pour ravir l'Elysée à François Mitterrand. "La logique consisterait à ne rien faire, à mener une campagne faîte de généralités et pas trop engageante" lance-t-il à ses proches et, encore une fois … à la caméra.

Ne ratez pas la scène finale : elle dépeint à merveille le personnage Giscard. Un savant mélange d'individualisme, de sérieux et de complexe de supériorité. Quelques secondes après le prononcé des résultats qui le proclame président de la République, VGE reste impassible et zappe sur une chaîne concurrente. Une série américaine occupe l'écran. VGE a tourné la page.

A moins de deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, 1974, une partie de campagne constitue une précieuse piqûre de rappel pour le cinéphile citoyen. Il incite à lire entre les lignes, à voir entre les images et à percevoir l'indicible. A rester critique, en somme.

Par Philippe MATHON le 20 février 2002 à 06:30
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