© INTERNETf1.fr : Qui était Pie XII en entrant dans ses fonctions papales ?
Eugenio Pacelli (2 mars 1876 – 9 octobre 1958) a été élu pape au printemps 1939. Immédiatement, et ce jusqu’en 1945, il a été confronté aux problèmes internationaux et à la guerre. En mai 1939, avant que la guerre n’éclate, Pie XII a tenté de réunir les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et la Pologne dans l’espoir d’obtenir un règlement pacifique. Mais il a échoué et les Allemands ont envahi la Pologne. Lui, qui avait été nonce apostolique (NDLR : représentant du pape auprès d’un gouvernement étranger) pendant douze ans en Allemagne, a très mal vécu cet échec. Et cela a certainement contribué à son attitude silencieuse par la suite.
Tf1.fr : Le reproche essentiel qui est fait à Pie XII, c’est son silence sur la shoah…
Je pense qu’il faut plutôt parler de «ses» silences. Il a également été silencieux sur la situation en Pologne, pays très catholique, lors de son occupation par les Allemands à l’Ouest et par les soviétiques à l’Est. A ce moment, de très nombreux prêtres ont été arrêtés et exécutés. Pie XII n’a rien dit non plus quand les Allemands ont pénétré en Belgique, au Luxembourg, en Hollande...
Tf1.fr : Etait-il réellement informé de ce qui se passait dans les camps nazis ?
Pie XII était arrivé en Allemagne en tant que nonce en 1917. Il se souvenait des fausses nouvelles véhiculées pendant la première Guerre mondiale. Il se méfiait donc de la propagande, mais ceci ne suffit pas à justifier son silence car il est démontré qu’à partir de la fin 41, il a reçu de nombreuses informations sur ce qui se passait. Il a notamment reçu le memorandum du Congrès juif mondial envoyé par les nonces en Suisse. Le père Scavizzi, aumônier de l’ordre de Malte qui avait stationné en Pologne, est également venu lui apporter des nouvelles terrifiantes sur le sort des juifs. Et d’autres encore.
Tf1.fr : on lui reproche son silence, mais en même temps il a fait de multiples déclarations dénonçant les crimes et il a aidé à sauver de nombreux juifs, notamment à Rome ?
En fait, Pie XII était essentiellement un diplomate. Il a opté pour une politique non pas de neutralité, selon lui, mais d’impartialité pour préserver ses relations avec les belligérants. Dans les rares déclarations où il a cru dénoncer les exactions, il n’a jamais nommément désigné l’agresseur -l’Allemagne, le nazisme-, ni l’agressé -les juifs. C’est impardonnable et c’est ce qu’on lui reproche.
Sur le plan caritatif, il est vrai qu’il a œuvré, notamment en ouvrant les couvents en Italie. Et la preuve a été faite que Pie XII a profondément souffert de la situation et de son impuissance. Mais sa politique a été de dire que c’était aux épiscopats des pays en guerre de décider de leurs interventions vis-à-vis des juifs ou des tziganes. Jusque là, on avait toujours estimé que c’était au Vatican de montrer la ligne à suivre dans tous les pays. Lui, une fois encore, n’a rien dit.
Tf1.fr : Alors pourquoi de tels silences ?
La première des raisons : la crainte des représailles sur les victimes. En 1941, Radio Vatican a diffusé une émission dénonçant les persécutions en Pologne. Après la diffusion, les arrestations et les exécutions se sont accélérées et on l’a alors supplié d’arrêter ce type d’émission. Mais il est évident que, pour lui, le problème juif n’a pas été le problème essentiel pendant la guerre. Il craignait les représailles sur les institutions catholiques, notamment allemandes, et sur le Vatican qui, à l’époque, n’était qu’un petit enclos à l’intérieur d’une Italie fasciste, alliée à l’Allemagne nazie.
Son autre problématique était de ne pas rompre les liens avec les catholiques allemands, pour qui il avait une très grande affection. Pendant la guerre, ces catholiques étaient aussi des soldats, des patriotes qui ne pouvaient pas se rebeller contre la Wehrmacht. Il est dit que, par son silence, Pie XII aurait sacrifié les catholiques polonais au bénéfice des catholiques allemands.
Tf1.fr : Comment avez-vous trouvé le film de Costa Gavras, Amen. ?
Contrairement à ce que l’on pouvait craindre, il s’agit d’un vrai film et non d’un théâtre filmé. Un certain nombre de personnages sont un peu caricaturaux, comme le nonce de Berlin qui n’a, semble-t-il, pas rencontré le SS Gernstein. Mais, dans l’ensemble, c’est un très beau film qui a le mérite de faire réfléchir et de poser une vraie question.
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