Qui sont ces hommes qui vont en prison ?

Par , le 14 février 2002 à 14h22 , mis à jour le 13 février 2002 à 14h33

Pour la première fois, l'Insee a mené une enquête, en prison, sur l'histoire familiale des détenus. Conclusion : ils se marient plus tôt, ont des enfants plus tôt, divorcent plus tôt... instabilité et précarité sont les maîtres maux.

prison © INTERNE

BLOCUS DES PRISONS JEUDI, LES COMMENTAIRES DE LOUIS MERMAZ

Précocité et instabilité semblent être les deux grandes caractéristiques de l'histoire familiale de chaque détenu. C'est ce que révèle un sondage réalisé en 1999 par l'Insee auprès de 1700 prisonniers, à l'occasion de la grande enquête nationale sur le recensement de la population en France. En tout, quelque 400 000 personnes ont été interrogées. François Clanché, chef de la division Enquête et étude démographique de l'Insee nous dresse le profil type des détenus.

tf1.fr : Quelles sont les principaux enseignements de votre sondage au sujet de la vie conjugale des détenus ?

F.C. : La grande majorité des détenus sont des hommes jeunes : un sur cinq à moins de 25 ans, la moitié a moins de 35 ans. Le principal trait révélé par ce sondage est la précocité des engagements familiaux des détenus. Un sur cinq a déjà vécu en ménage avant 20 ans, un taux cinq fois supérieur à celui des personnes ordinaires. Ils ont en moyenne leur premier enfant à 25 ans, à l'extérieur l'âge moyen est de 27 ans.

Pour aller plus loin...

L'intégralilté des documents disponibles sur le site Internet de l'Insee

 

Deuxième caractéristique : l'instabilité de la vie familiale des hommes amenés un jour à connaître la prison. Ainsi, 40% d'entre eux ont connu une rupture conjugale avant leur incarcération, contre 18% chez les autres hommes. Nous constatons également que si l'histoire familiale de ces individus commence tôt, la rupture est aussi plus rapide et l'incarcération accroît cette rupture. Ainsi, il ressort que 60% des détenus sont sans conjoint, contre 40% à l'extérieur.

Enfin, les détenus ont souvent pour conjointe, une femme (22%) ayant déjà des enfants issus d'un précédent mariage. Ainsi 18% des détenus affirment avoir élevé des beaux-enfants contre 4% dans l'ensemble de la population. Conséquence : plus de 50 000 enfants mineurs ont un père ou un beau-père en prison.

tf1.fr : Peut-on dresser un profil socio-professionnel du détenu ?

F.C. : Cette étude vient confirmer d'autres sondages qui laissent apparaître qu'une large proportion des détenus est ouvrier ou petit travailleur indépendant. Leurs origines sociales sont plutôt modestes : père ouvrier, mère ouvrière ou au foyer. Ils sont souvent issus de familles nombreuses. Par ailleurs le ¼ des détenus sont nés à l'étranger contre 12% de l'ensemble des adultes.

tf1.fr : Peut-on établir un lien de causalité entre l'instabilité familiale et la mise en détention ?

F.C. : Pas directement, ce n'est pas le rôle de cette enquête. En revanche, il est possible d'émettre plusieurs hypothèses, qui toutes se complètent. La première est que ces instabilités familiales peuvent favoriser le passage à des actes délictueux ou criminels. L'instabilité familiale, comme la présence en prison, peut également être la conséquence de causes plus profondes : une structure familiale bancale, une jeunesse difficile…
Enfin, troisième hypothèse : l'absence de stabilité familiale (pas d'adresse, pas d'emploi…) peut également constituer un motif de placement en détention plus systématique par la justice, pour être sûr qu'il se présentera à l'audience.

Par Alexandra Guillet le 14 février 2002 à 14:22
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