Un tiers des prisons bloquées par des surveillants

Par , le 14 février 2002 à 16h07 , mis à jour le 13 février 2002 à 16h15

A l'appel de Force ouvrière, les personnels pénitentiaires bloquent depuis ce matin à l'aide de palettes de bois en feu et de pneus, l'accès d'une prison sur trois. Louis Mermaz, auteur d'un rapport sur l'état des prisons en France passe en revue les revendications des surveillants.

mutinerie à la prison de grasse © INTERNE

Les personnels pénitentiaires sont en colère. Leurs revendications ne sont pas nouvelles, mais à la veille d'échéances électorales et alors que le projet de loi de réforme pénitentiaire est bloqué dans les rouages gouvernementaux, ils n'entendent pas se faire oublier. Depuis six heures ce matin, à l'appel du syndicat Force Ouvrière, un sixième des prisons françaises (31) sont bloquées par les surveillants. A la maison d'arrêt de la Santé à Paris, les parloirs et les extractions ont été bloqués pendant quelques minutes seulement, avant l'intervention des CRS. Pompiers et forces de l'ordre ont dû intervenir à Draguignan (Var) et Grasse (Alpes Maritimes), où les gardiens en colère ont enflammé des palettes de bois et des pneus.  Ils entendent "Frapper fort". Ils demandent plus de postes ( 2500 contre 1500 proposés par la Chancellerie) de surveillants dans le cadre du passage aux 35 heures, une meilleure formation, une augmentation des salaires et des indemnités de la prime de risque à 24% au lieu de 22% actuellement.

Pour ce mouvement, seul FO, deuxième organisation syndicale pénitentiaire en France mais majoritaire à Fresnes, Fleury ou encore aux Baumettes, est mobilisé. L'UFAP, premier syndicat, a de son côté prévu de manifester à Paris le 12 mars prochain.

Louis MERMAZ : "Il faut davantage de surveillants"

"Dans les établissements pénitentiaires, la réduction du temps de travail ne doit pas se transformer en surcroît de travail, ni tension des personnels. Il est évident qu'il faut davantage de surveillants. Un, pour qu'ils puissent mieux surveiller. Deux, pour qu'ils participent davantage à la tâche de réinsertion des détenus.

Les rapports des deux commissions d'enquêtes, rendus publics à l'été 2000,  préconisaient des réformes urgentes du système carcéral français : amélioration des conditions de travail ( salaire, statut…), formation des jeunes recrues qui ne veulent plus être de simples "porte-clés", réfléchir sur le sens des peines et revoir leur échelle…. Mais aussi réaffirmer les droits des détenus qui sont des citoyens à part entière, ce qui faciliterait leurs relations avec les gardiens. Ces textes, fait rarissime, ont été votés à l'unanimité.

Depuis, la rédaction d'un projet de loi d'orientation stratégique sur la réforme des prisons a été lancée. Même s'il comporte encore des lacunes ou des points obscures, le texte propose de belles avancées dans tous ces domaines. Or, calendrier électoral oblige, le texte ne sera pas étudié d'ici la fin de cette législature. Le prochain gouvernement qui sera nommé aura certainement d'autres priorité lors de sa prise de fonction. A eux, personnels pénitentiaires, et à nous, députés et sénateurs, de leur rappeler en temps voulu l'existence de ce texte et de faire en sorte qu'il passe rapidement au parlement".

Sénateur PS, Louis Mermaz a présidé en 2000 la commission d'enquête de l'Assemblée sur l'état des prisons en France

Par Alexandra Guillet le 14 février 2002 à 16:07
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