Affaire Dils : la piste Heaulme encore relancée ?

Par , le 07 mars 2002 à 10h48 , mis à jour le 07 mars 2002 à 10h57

Un mois avant le procès en appel de Patrick Dils, "Le Républicain Lorrain" révèle que les gendarmes planchent de nouveau sur la piste du tueur en série. Un rapport parle en effet de sa "signature criminelle" dans les meurtres de Cyril et Alexandre près de Metz en 1986.

dils et heaulme © INTERNE

Décidément, l’affaire Dils n’en finit pas de rebondir vers Francis Heaulme. C’est la présence du tueur en série sur les lieux du double meurtre de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, le jour même des faits, le 28 septembre 1986, qui avait conduit à la révision du procès de Patrick Dils. Condamné en 1989 à la prison à vie par la cour d’assises des mineurs de la Moselle –il avait 16 ans à l’époque du drame, il avait  été reconnu coupable le 29 juin dernier par les jurés de la Marne. Il avait écopé de 25 ans de réclusion. Lors des débats, Francis Heaulme, auditionné comme témoin, avait affirmé qu’il n’était pas l’assassin de Cyril et Alexandre.

Deux semaines après le verdict, un témoignage de dernière minute était de nouveau venu étayer la possible culpabilité du "routard du crime". Deux pêcheurs expliquaient avoir vu Heaulme, le "grand Francis" comme ils l’appelaient à l’époque - c’était avant sa première interpellation -, assoupi le long de la voie ferrée traversant Montigny-lès-Metz où a été commis le double meurtre. Il était alors 19h30, quelques minutes après les crimes. "Il avait le visage tuméfié et ensanglanté. Il nous a expliqué qu’il était tombé sur des cailloux en revenant du pont de fer et qu’il s’était fait un peu mal". Les deux hommes ont alors raccompagné Francis Heaulme à Vaux, où il était domicilié. Intervenant quinze ans après les faits et quinze jours après le procès, le procureur de Metz semblait néanmoins accorder du crédit à ce récit puisqu’il avait demandé aux gendarmes d’entendre à nouveau les témoins.

"Faisceau de présomptions"

Les éléments révélés aujourd’hui par Le Républicain Lorrain sont beaucoup plus sérieux. Ils proviennent en effet d’un rapport de la gendarmerie. Etabli dans le cadre d'un supplément d'information demandé par Me Jean-Marc Florand, l'avocat de Patrick Dils, il conclut à la "quasi signature criminelle" de Francis Heaulme. Des " analystes criminels" ont en effet débusqué des "similitudes évidentes" entre les circonstances du meurtre des deux enfants et des autres crimes de Heaulme. Ils pointent notamment son admission en hôpital psychiatrique peu de temps après les faits, qu’ils considèrent comme "une constante comportementale qui peut être assimilée à une signature criminelle". "Un faisceau de présomptions est réuni à l'encontre de Francis Heaulme le situant sur les lieux du crime avant la tombée de la nuit" ajoute encore la synthèse, qui met en valeur les déclarations des deux pêcheurs.

Surtout, les gendarmes émettent de "nouveaux doutes" sur la présence même de Patrick Dils sur les lieux du crime à l'heure retenue par l'accusation. Ils pensent qu’il n'a pu atteindre la voie de chemin de fer sans se faire repérer par l'un des six témoins identifiés entre 18H20 et 18H50.

Nul doute que le document sera vivement exploité par la défense de l’accusé entre les 8 et 24 avril prochain à Lyon devant la cour d’assises des mineurs du Rhône où Patrick Dils sera jugé en appel. Quoi qu’il arrive, ce procès est déjà historique : c’est la première fois qu’une même personne est jugée trois fois en France pour les mêmes faits.

Par Fabrice Aubert le 07 mars 2002 à 10:48
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