Un couple français uni à Barcelone ?

Par , le 15 mars 2002 à 16h43 , mis à jour le 18 octobre 2003 à 16h14

Jacques Chirac et Lionel Jospin se retrouvent aujourd’hui et demain pour la dernière fois sur la scène européenne à l’occasion du sommet de Barcelone. Après les violences verbales du début de semaine, ils seront épiés par tous les observateurs.

MM. Jospin et Chirac à Barcelone © INTERNE

Ils l’ont promis. Leur rivalité hexagonale ne franchira pas la ligne blanche européenne. Il n’y aura donc pas, à les entendre, la moindre polémique franco-française à Barcelone où se tient le dernier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l'UE avant l’élection présidentielle. "La France parlera d'une seule voix" affirment aussi bien l’Elysée que Matignon.  A leur arrivée officielle, les deux têtes de l'exécutif ont tout fait pour s'ignorer. Pas de regard, pas de parole et un air crispé pour chacun.

Quoi qu'il en soit, moins d’une semaine après les propos de Lionel Jospin sur l’âge de Jacques


Un cliché qui a fait parler...
AFP-
Chirac et la réplique de ce dernier, les deux hommes seront épiés. Tout d’abord par leurs homologues, qui seront aux premières loges. Ensuite, et surtout, par les observateurs de la vie politique française. Le moindre geste, le moindre regard sera disséqué. On se souvient que lors d’une session du Conseil de l’Europe en novembre 1997, Jacques Chirac avait posé ses mains sur les épaules de Lionel Jospin, de manière très paternaliste. Le cliché trône aujourd’hui dans le bureau de Claude Chirac, conseillère en communication de son père. Le locataire de Matignon a pris sa revanche en janvier dernier en donnant une tape sur l’épaule de son adversaire lors de la cérémonie des vœux des corps constitués à l’Elysée.

Des "expérimentations " à la "fusion"

Depuis 1997, le président de la République et le Premier ministre se sont efforcés tant bien que mal d'afficher une unité de vue et d'expression lors des rencontres européennes. Lionel Jospin a même parlé d’une "fusion intellectuelle" lors du sommet de Nice de décembre 2000. Mais entre la fusion et la scission, il n’y a qu’un pas. Les soubresauts inhérents à la cohabitation ont ainsi fait surface à plusieurs reprises. Le premier incident était arrivé dès novembre 1997 lors du sommet de Luxembourg consacré à l'emploi. Jacques Chirac avait dénoncé dans un document adressé à ses homologues "les expérimentations hasardeuses" en faisant allusion aux 35 heures. Lionel Jospin avait répliqué en ironisant sur une "expérimentation hasardeuse en politique", à propos de la dissolution de l'Assemblée nationale.

La plus violente escarmouche s'est déroulée le 10 novembre 2000 lors du sommet franco-allemand de Vittel. Excédé par les déclarations de Jacques Chirac prenant à témoin les Français pour demander au gouvernement l'interdiction des farines animales, Lionel Jospin avait affirmé devant le chancelier allemand Gerhard Schröder s'en être expliqué "entre hommes" avec le chef de l'Etat. Le dernier accrochage remonte au 11 octobre dernier à Perpignan. Pendant le sommet franco-espagnol,  le président de la République avait entraîné José Maria Aznar dans un bain de foule organisé par ses partisans… contraignant Lionel Jospin à participer à une démonstration en faveur de son concurrent.

Un seul à Séville en juin...

Nul doute que, lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit la fin des travaux, les questions sur cette dernière sortie commune ne manqueront pas. L’un des deux  assistera certainement comme chef de l’Etat au prochain sommet, à Séville les 21 et 22 juin. L'autre ruminera sa défaite...

(photo d'ouverture AFP : Jospin et Chirac à leur arrivée au Palais des Congrès de Barcelone)

Par Fabrice Aubert le 15 mars 2002 à 16:43
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