© INTERNEComment un homme, responsable d’un carnage dans un conseil municipal de la République, a-t-il pu se suicider lors d’un interrogatoire dès le lendemain du drame, alors même qu’il avait clairement annoncé qu’il comptait en finir avec la vie ? Le suicide de Richard Durn, qui s’est jeté jeudi matin du 4e étage des locaux de la Brigade criminelle alors qu’il se trouvait en présence de deux policiers, pose d’évidentes questions.
Retour sur les faits. Après une nuit de garde à vue, Richard Durn est de nouveau amené au 36, quai des Orfèvres, où se trouve la Brigade criminelle, en début de matinée pour y être entendu par un lieutenant et un brigadier. Les trois hommes sont enfermés dans un petit bureau, auquel on accède par deux portes, verrouillées. L'unique fenêtre, de type velux, est également fermée. A 10h15, selon la version officielle des autorités, Richard Durn se lève soudainement, se précipite vers le vasistas qu'il ouvre et enjambe avant de sauter dans le vide et de s'écraser dans la cour manquant. "Les deux fonctionnaires ont tenté de le retenir par les jambes mais la détermination du forcené, dont l'essentiel du corps avait déjà basculé à l'extérieur, a rendu vaine cette tentative" explique la Préfecture. Les secours arrivent très rapidement sur les lieux. Mais ils ne peuvent ranimer le forcené, qui décède à 10h25.
Négligence ou pas ?
Les deux policiers sont-ils coupables de négligence ? Daniel Vaillant, le ministre de l’Intérieur, parle d’un "dysfonctionnement grave" et promet des sanctions si ces "dysfonctionnements sont avérés". Pour cela, "une enquête commune police/justice pour faire la vérité et la transparence sur les conditions dans lesquelles, sous le contrôle du parquet, cette garde à vue a été effectuée" a été lancée.
Pour les organisations de police, il n’y a pas eu négligence. Le Syndicat national des officiers de police affirme que les "conditions de sécurité étaient respectées, tout se déroulait bien, le suspect était en confiance, il a eu un geste brusque et incontrôlable. La procédure a été respectée, la sécurité aussi" affirme-t-il. En revanche, Jean-Pierre Reynaud, son secrétaire général, s’"insurge contre le fait qu'on ait interrogé un suspect de ce type, suicidaire notamment, dans des locaux de police et non en milieu hospitalier. "Qui a pris la responsabilité de cette décision "demande-t-il (ndlr : la garde à vue est décidée par le parquet ou un magistrat sous le contrôle desquels travaillent les policiers, selon le code de procédure pénale).
Poursuite de l’enquête
Synergie, le second syndicat des officiers de police, apporte également "son total soutien aux policiers de la brigade criminelle de Paris dont le haut niveau de technicité et de compétence est unanimement reconnu". Et il s'indigne de la "polémique nauséabonde" en déplorant à cet égard "les propos ambigus et inconsidérés tenus par certains responsables politiques".
Malgré ce suicide, le procureur de la République de Nanterre, Yves Bot, a décidé de poursuivre l'enquête sur la tuerie. "Dans une affaire de meurtre classique, sans complice, si l'auteur d'un meurtre se tue, l'affaire s'arrête. Mais l'une des missions de la justice est de s'occuper des victimes" souligne-t-il. En revanche, il n’y aura bien sûr jamais de procès.
(photo : le corps de Richard Durn après son suicide)
Hommage aux victimes de la tuerie de Nanterre, 10 ans après
Une quarantaine de personnes ont observé quelques minutes de silence, dans la nuit de lundi à mardi, devant l'hôtel de ville de Nanterre. Elles ont rendu hommage aux huit élus tués il y a 10 ans par Richard Durn.
Publié le 27/03/2012
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