Jospin veut réconcilier les "deux France"

Par Philippe MATHON, le 04 mars 2002 à 23h07 , mis à jour le 03 mars 2002 à 23h18

Reconnaissant avoir "pêché par naïveté" sur la question de l’insécurité, Lionel Jospin souhaite rassembler la France qui s'adapte à la mondialisation et celle des plus démunis. Interrogé dimanche au 20h de TF1, il s’est démarqué de son adversaire direct, Jacques Chirac. Dans un sondage à paraître lundi, Lionel Jospin (52%, + 5) battrait Jacques Chirac (48%, - 5).

Lionel Jospin © INTERNE

Qu’on se le dise, Lionel Jospin est " socialiste ". Il l’a réaffirmé haut et fort dimanche soir sur le plateau du 20h de TF1. Un appel du pied en direction de ses sympathisants troublés par sa précédente intervention télévisée. Le Premier ministre candidat avait alors indiqué : "Je suis socialiste d'inspiration, mais le projet que je propose au pays n'est pas un projet socialiste ". Aujourd’hui, beaucoup seront rassurés, donc.

Lionel Jospin est certes " socialiste ", mais il n’en oublie pas moins qu’il concourre à une élection présidentielle. Ce qui le pousse à "prendre en compte l'évolution du monde telle qu'elle est". Pour mener à bien son dessein, le candidat dit s’inscrire dans une "démarche de réconciliation", de "compromis" entre ce qu'il a appelé les "deux France". Que ce soit "ceux qui créent, qui innovent, qui ont des postes sûrs, des salaires" ou ceux "dont les revenus sont plus faibles dont la situation est plus précaire" : tous " doivent mériter la même attention".

" Sur l’insécurité, j’ai pêché par naïveté "

Jospin s’envole, Chirac plonge

Avec 52% des voix (+5), Lionel Jospin l'emporterait sur Jacques Chirac (48%, -5) au second tour de l'élection présidentielle, selon un sondage CSA/Libération/La Dépêche du Midi à paraître lundi.

Au premier tour, Jospin serait en tête pour la première fois depuis mai 2001 dans ce baromètre avec 23,5% (+2), devant Chirac (21%, -3,5 points). Suivraient Chevènement (11%, +1), Jean-Marie Le Pen (10%, inchangé), Noël Mamère (inchangé) et Arlette Laguiller (+0,5 point) avec 6%, juste devant Robert Hue à 5,5% (+ 0,5). François Bayrou, est crédité de 4% (+1) devant Jean Saint-Josse (3,5%, inchangé) et Alain Madelin bénéficiant de 3% (-2).

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Les principaux points de l'intervention de Lionel Jospin

Les réactions

Le chef de l’Etat, qui souhaitait vendredi que la campagne se déroule sous le signe du "respect" et du refus de toute "polémique", n’échappe pas à " l’attention " du Premier ministre. "Je n'ai jamais pris en cinq ans l'initiative d'une critique ou d'une attaque contre Jacques Chirac", a-t-il déclaré, ajoutant : "L'inverse n'a pas été vrai." Et maintenant que " le temps du débat " a commencé, le Premier ministre-candidat se sent pousser des ailes, distribuant cette pique : "Le problème est de savoir si les arguments sont justes, le problème est de savoir si les engagements pris ont été tenus".

Celui qui se veut le candidat de " tous les Français " a-t-il des regrets après avoir gouverné le pays durant cinq ans ? " Sur la question de l’insécurité, j’ai pêché par naïveté, reconnaît-il. Je me disais pendant un certain temps que si on fait reculer le chômage, on fera reculer l'insécurité. Or 928.000 personnes ont retrouvé un emploi et cela n'a pas d'effet direct sur l'insécurité". Comment fera-t-il donc pour résoudre ce " défi prioritaire " ? Jospin parle de " responsabilité de l'Etat assumée " de " grand ministère de la sécurité publique " et de " moyens accrus ". Cela passe également, selon lui, par " une action résolue contre (…) un certain nombre de jeunes violents ". Avec cette formule en forme d’engagement : " L'ordonnance de 1945 [sur la délinquance des mineurs, NDLR] a déjà été modifiée dans le passé et elle le sera encore ".

" Ne pas remettre en cause les 35h "

Au cours de son interview, Lionel Jospin a répété que le dossier des retraites serait " le sujet économique et social numéro 1 de la prochaine législature ". L’occasion une nouvelle fois de marquer sa différence et d’opposer les "fonds de pension individuels" de Jacques Chirac à son "épargne salariale collective sous le contrôle des syndicats". Lionel Jospin a également critiqué la proposition du président-candidat d'assouplir les 35 heures car ce serait les "remettre en cause".

Semblant retenir les leçons de sa dernière intervention télévisée où il était apparu mal à l’aise, Lionel Jospin s’est montré plus détendu. Jovial, parfois. Doit-on y voir la " patte " de ses conseils en communication ? Toujours est-il qu’après avoir exprimé, la semaine dernière, son désir de s’ " ébrouer dans le champ de la démocratie ", Lionel Jospin a trouvé " merveilleux " dimanche soir qu’à " [son] âge, les choses ne sont pas encore écrites ". "Comme je suis accompagné également de belle façon dans cet itinéraire (…), cela c'est une force formidable et c'est une garantie aussi pour l'avenir de la capacité à bien travailler". A gagner ?

Par Philippe MATHON le 04 mars 2002 à 23:07
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