200 euros pour une Kalachnikov, qui dit mieux ?

Par , le 11 avril 2002 à 14h16 , mis à jour le 10 avril 2002 à 14h18

Entre 12 et 20 millions d'armes clandestines criculeraient en France. Face à la prolifération des armes de "guerre" dans les banlieues et à la multiplication des incidents, Daniel Vaillant a mis en place tout un dispositif de lutte contre le trafic. Mais son application semble mal aisée.

armes © INTERNE

Vannes, mardi 9 avril. Un gardien de la paix meurt sous les balles d'une Kalachnikov , tirées à bout portant par un fou en état d'ivresse. A la suite de ce nouveau drame, survenu quelques jours après la tuerie de Nanterre, Daniel Vaillant a réaffirmé la volonté du gouvernement de "faire la chasse aux armes de guerre". "Ce trafic d'un armement lourd doit faire l'objet d'une recherche permanente et d'une répression systématique" a insisté le ministre de l'Intérieur.

Entre 12 et 20 millions d'armes clandestines

Entre 12 et 20 millions d'armes "clandestines" circulent en France

Selon des chiffres officiels, la détention de port d'armes illégaux a augmenté de 19,5% en 5 ans. En 2001, les forces de police et de gendarmerie ont recensé 31 719 faits de port ou détention d'armes à feu, contre 18 174 en 1996. Plus inquiétant, on estime entre 12 et 20 millions le nombre d'armes "clandestines" circulant en France. La grande majorité d'entre elles serait constituée de fusils de chasse gardés dans les campagnes. Le reste de l'arsenal est par définition impalpable puisque clandestin. Il proviendrait de cambriolages chez des particuliers ou dans des armureries, mais aussi de plus en plus des filières issues des anciens pays d'Europe de l'Est.

1000 F maxi pour une Kalaschnikov

"Il s'agit d'un combat national qui va au-delà de nos frontières", déclarait mardi Daniel Vaillant. L'effondrement du mur de Berlin, puis la conjonction de la guerre des Balkans et des accords de Shengen sur l'ouverture des frontières ont en effet donné un coup d'accélérateur au déversement de milliers d'armes de "guerre" dans les banlieues "chaudes". De source policière, les armes les plus en circulation sont "des armes de poing comme le pistolet 22 Long rifle". Parmi les armes lourdes, on trouve des "kalachnikov, pistolets-mitrailleurs, grenades rondes de type yougoslaves et autres lance-roquettes". Et au marché noir, les prix sont imbattables : 130 à 228 euros pour une Kalachnikov, 380 à 458 euros pour un 357 Smith et Wesson....

Circulaire mode d'emploi

"On donne des leçons pour récupérer des armes en Macédoine, mais on n'est pas capable de les saisir en banlieue ! "

Suite au drame de Béziers, en septembre dernier, où un jeune a tué au lance-roquettes le chef de cabinet du maire, Daniel Vaillant a entamé la mise en place d'un plan de lutte contre le trafic d'armes. Première étape, le vote de la loi du 15 novembre 2001 sur la sécurité quotidienne qui rend plus contraignantes les conditions du commerce et de la détention des armes et autorise la fouille des véhicules, les perquisitions et autres visites domiciliaires, sur autorisation du Procureur de la République. Plusieurs syndicats de police mettent en avant le manque cruel de moyens pour l'application de ces nouveaux textes. "On donne des leçons pour récupérer des armes en Macédoine, mais on n'est pas capable de les saisir en banlieue!", tempête Patrice Ribeiro, secrétaire national de Synergie Officiers. De nos jours, une personne interpellée pour port illégal d'une arme de poing passe moins de 24 heures en garde à vue...  Avant de renforcer les lois, il faudrait déjà commencer par les appliquer".

Dans une circulaire en date du 21 février 2001 adressée à l'ensemble des préfets, et dont la rédaction de tf1.fr s'est procurée un exemplaire, le ministre explique que "la recherche du renseignement sur la circulation illégale d'armes (…) doit être un soucis permanent pour l'ensemble des fonctionnaires qui y servent". Il annonce le renforcement en effectif de l'Office Central pour la Répression du Trafic des Armes, Explosifs, et Matières Sensibles (OCRTAEMS). Office qui sera chargé de la centralisation nationale de tous les renseignements fournis par les enquêteurs et de la constitution d'un fichier national. Mais à ce jour, sur la vingtaine de personnes qui doivent être affectées à ce service … seules trois personnes sont en poste. La date butoir pour pouvoir les places vacantes est fixée au 1er juin.

Par Alexandra Guillet le 11 avril 2002 à 14:16
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