© INTERNELES FAITS
Au soir du dimanche 28 septembre 1986, Alexandre Beckrich et Cyril Beining, huit ans tous les deux, sont découverts le crâne fracassé à coups de pierre le long de la voie ferrée qui traverse Montigny-lès-Metz, en Moselle. Dans un premier temps, l’heure du crime est située entre 17h et 18h par les enquêteurs, entre 17h30 et 18h par le médecin légiste. Plus tard, avec le témoignage d’une voisine ayant entendu des cris d’enfants entre 18h45 et 19h, l’heure du décès est repoussée par le légiste jusqu’à 19h30. L’information est capitale : il est acquis que Patrick Dils n’est rentré à Montigny qu’à 18h45.LES AVEUX DE PATRICK DILS
Le 28 avril 1987,
Patrick Dils, alors âgé de seize et ans et demi, est interpellé. Le lendemain, il avoue le double
meurtre. Il réitérera ses aveux plusieurs fois avant de se rétracter fin mai. Il reste depuis sur cette ligne de défense, affirmant que ses aveux lui ont été extorqués sous la pression.
LE PREMIER PROCES
En janvier 1989,
Patrick Dils est jugé, à huis clos, par la cour d’assises des mineurs de la Moselle. Les jurés ne retiennent pas la circonstance atténuante de la minorité et le condamnent à perpétuité.
LA REVISION
En 1997, un gendarme découvre que Francis Heaulme, le "routard du crime", arrêté en 1992 et condamné pour la première fois en 1994, était présent sur les lieux le jour des faits. Entendu par les enquêteurs, le tueur en série admet s’être trouvé sur place, avoir vu les enfants mais nie être l’auteur du double
meurtre. A l’issue d’une longue procédure, les avocats de
Dils obtiennent l’annulation de la condamnation et la révision du procès.
LE PROCES EN REVISION
Il s’ouvre à huis clos à Reims le 20 juin 2001 devant la cour d’assises des mineurs de la Marne. Interrogé comme témoin, Francis Heaulme confirme ses dires. Dans ses réquisitions, l’avocat général pointe "l’impossibilité horaire" pour
Patrick Dils d’avoir commis le double
meurtre. Il demande l’acquittement. Mais les jurés ne le suivent pas. Ils condamnent
Dils à 25 ans de prison, sans retenir l’excuse de la minorité, pourtant admise par les parties civiles. Appliquant la nouvelle loi sur les verdicts de procès d’assises,
Dils saisit la possibilité qui lui est offerte de faire appel.
DEUX NOUVEAUX TEMOIGNAGES TROUBLANTS
En juillet 2001, deux pêcheurs affirment avoir vu Heaulme, assoupi le long de la voie ferrée le soir où a été commis le double
meurtre, vers 19h30, quelques minutes après les crimes. "Il avait le visage tuméfié et ensanglanté. Il nous a expliqué qu’il était tombé sur des cailloux en revenant du pont de fer et qu’il s’était fait un peu mal". Ils témoigneront à Lyon.
LA "QUASI SIGNATURE CRIMINELLE" DE FRANCIS HEAULME
C’est ce que conclut un nouveau rapport de la gendarmerie, établi en mars 2002. Des "analystes criminels" ont en effet débusqué des "similitudes évidentes" entre les circonstances du
meurtre des deux enfants et des autres crimes de Heaulme. Ils pointent notamment son admission en hôpital psychiatrique peu de temps après les faits, qu’ils considèrent comme "une constante comportementale qui peut être assimilée à une signature criminelle".
Une conclusion rejetée par l'avocate de Heaulme.
Surtout, les gendarmes reprennent la théorie d'une heure du crime oscillant entre 17h20 et 18h20. Et ils émettent de "nouveaux doutes" sur la présence même de Patrick Dils sur les lieux à l'heure retenue par l'accusation. Ils pensent qu’il n'a pu atteindre la voie de chemin de fer entre 18h20 et 18h50 sans se faire repérer par l'un des six témoins identifiés.LA LEVEE DU HUIS CLOS
L'Assemblée nationale a voté en janvier dernier une disposition sur mesure permettant que ce procès soit public. La nouvelle loi indique que le huis clos peut être suspendu dans une cour d’assises des mineurs à la demande de l’accusé si celui-ci est devenu majeur –Dils a aujourd’hui 31 ans.
LE PROCES EN APPEL
Une trentaine de témoins sont convoqués, dont Francis Heaulme, le 17 avril. Le verdict est attendu pour le mercredi 24 avril.