© INTERNEA gauche, bloquer et se reconstruire |
A gauche, on se résout à voter Chirac, tout en espérant un sursaut lors des législatives. François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste, a ainsi appelé lundi midi à "faire barrage au candidat de l'extrême droite" Jean-Marie Le Pen, "un danger pour la République", au second tour de la présidentielle. Confirmation des propos tenus la veille par le porte parole du parti, Vincent Peillon : "nous l'avons dit, et nous le ferons, nous allons effectivement être conduits à soutenir le candidat Jacques Chirac face à la xénophobie et au racisme du candidat non républicain qu'est Jean-Marie Le Pen".
Les autres partis de la gauche plurielle abondent dans le même sens. A l'instar de la première déclaration de Noël Mamère dimanche soir, les Verts ont officiellement appelé à voter pour Jacques Chirac. Le Parti communiste appelle également à "utiliser le bulletin de vote Jacques Chirac pour faire en sorte que le candidat Le Pen soit le plus bas possible". Même appel pour le président du Parti radical de gauche, Jean-Michel Baylet (Christiane Taubira, qui portait les couleurs du PRG au premier tour, a obtenu 2,15 % des voix). Enfin,
Max Gallo, président du Pôle républicain qui soutenait la candidature de Jean-Pierre Chevènement, a déclaré qu'il fallait "voter Chirac sans hésiter".Mais, au-delà du blocage de Jean-Marie Le Pen, tous pensent déjà à la reconstruction de la gauche et donc aux législatives. Lundi matin, Dominique Strauss-Kahn a déclaré sur France Inter qu'après avoir "fait en sorte que le score de Le Pen soit le plus faible possible", il "faudrait ensuite reconstruire la gauche". "Au cours des prochaines semaines jusqu'aux législatives, il faut que la gauche soit capable de se reprendre et de s'unir", a-t-il ajouté. Noël Mamère propose d'ailleurs l'organisation rapide d'une "réunion multilatérale des forces de gauche.
| LO ne s'associe pas |
Comme Arlette Laguiller l'avait indiqué dimanche soir dans sa déclaration, Lutte ouvrière a confirmé son refus de "participer à un quelconque front anti-fasciste". Tout en appellant à "participer largement à toutes les manifestations qui seront organisées contre Le Pen et l'extrême droite", LO précise qu'elle ne veut pas "cautionner des manifestations qui auraient pour but de soutenir Chirac". En revanche, LO appelle à participer aux manifestations du 1er mai.orité forteA droite on vise une majorité forte
| A droite, Chirac consulte |
Lundi, peu avant midi, Jacques Chirac était à son QG de campagne pour rencontrer les membres du comité d'orientation de sa campagne. Puis il a rencontré François Bayrou et Alain Madelin. A la sortie, le premier a déclaré : "il faudrait que du second tour sorte un schéma politique nouveau permettant d'associer des gens qui pour l'instant ont été dans des camps différents". "Il faudrait des schémas politiques nouveaux, capables de fédérer et de regrouper plus de Français pour soutenir le changement, au-delà des clivages droite-gauche", a-t-il dit. Alain Madelin a pour sa part déclaré qu"il y a plus que jamais la nécessité de faire du neuf, de sortir l'opposition de cet enfermement au centre qui nourrit les extrêmes".
Le président-candidat a ensuite rencontré tous les parlementaires de l'actuelle opposition. Il a affirmé que la France était "blessée" par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour et a appelé les élus RPR, UDF, DL à refuser toute "concession" au Front national et à s'unir "autour des valeurs essentielles".
A droite, l'objectif est donc clair : faire bloc autour du président sortant, non seulement pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen, mais également pour offrir à Jacques Chirac une majorité forte lors des législatives. Dans cette optique, Philippe Douste-Blazy, député-maire UDF de Toulouse, a souhaité que pour les législatives de juin il y ait "un seul candidat" de la droite républicaine dans chaque circonscription. "Ce n'est pas au moment où l'on voit que l'extrême droite monte qu'il faut se diviser dans des primaires", a-t-il déclaré sur LCI, plaidant pour la mise en place d'une formation qui réunisse la droite et le centre droit.
Le chiraquien Jean-Pierre Raffarin, président DL de la région Poitou-Charentes, a abondé dans ce sens, appelant "à l'union de (la) droite républicaine pour qu'elle présente des candidatures uniques". Le consensus est établi : non à Le Pen, non à une nouvelle cohabitation qui serait, selon le RPR François Fillon, "fatale à nos institutions". Antoine Rufenacht, directeur de campagne du président sortant, a également souhaité "une vraie majorité présidentielle" autour de Jacques Chirac pour les législatives, ajoutant que "rien ne serait pire que de s'engager dans une nouvelle cohabitation".
Le débat fait débat |
La question d'un débat entre Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac est loin d'être tranchée. Dimanche soir, le président du FN s'était déclaré prêt "à rencontrer Jacques Chirac quand il veut et où il veut". Roselyne Bachelot, porte-parole du président-candidat, avait alors affirmé qu'avant le deuxième tour, il y aurait "un débat parce que dans la tradition républicaine, il y a un débat entre les deux candidats et Chirac fera le débat parce que les Français ont le droit d'avoir un vrai débat. Même si l'adversaire n'est pas celui qu'on aurait souhaité, on ne le choisit pas". Mais lundi matin, sur RTL, la même Roselyne Bachelot est revenue sur ses propos. "Je doute que Jacques Chirac aille vers ce débat avec beaucoup d'appétit. Il fera ce qu'il jugera bon", a-t-elle indiqué. Elle a ensuite précisé que Jacques Chirac "ne souhaitait pas ce débat". "Il jugera dans les prochaines heures ce qu'il va faire. Un candidat doit faire aussi ce qu'il a envie de faire", a-t-elle expliqué.
Un peu plus tard, Antoine Rufenacht, directeur de campagne de Jacques Chirac, s'est dit "convaincu que dans cette affaire, Jacques Chirac ne se dérobera pas, parce que c'est complètement conforme à nos traditions républicaines et démocratiques". "Encore faut-il réfléchir aux modalités d'un tel débat qui a pour seul objet d'éclairer les Français sur l'importance de l'enjeu du 2e tour", a-t-il poursuivi. Selon lui, "tout est ouvert : cela peut être traditionnel, cela pourrait être des réponses à des questions comme c'est la tradition aux Etats-Unis".
Bruno Gollnisch, directeur de campagne de Jean-Marie Le Pen, a réagi en déclarant qu'il serait "véritablement scandaleux" que ce débat n'ait pas lieu. "Je voudrais bien qu'on me dise en quoi nous serions moins républicains que ceux qui essaient de jouer une nouvelle manche dans la rue ou qui refuseraient le débat devant les Français", a-t-il avancé.
(photo afp)
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