© INTERNELionel Jospin parle enfin. Après cinq jours d’un assourdissant silence, pressé par son entourage et par divers ténors de la gauche, le candidat malheureux du parti socialiste a lancé un appel clair à voter contre le FN. Il a demandé vendredi dans un communiqué aux Français "d'exprimer par leur vote à l'élection présidentielle leur refus de l'extrême droite et du danger qu'elle représente pour notre pays et ceux qui y vivent. Soucieux de l'avenir de la France et des fondements de notre démocratie", le Premier ministre se déclare néanmoins "sans illusion sur le choix qui se présente à nos concitoyens le 5 mai".
Un communiqué qui devrait néanmoins aider quelque peu des dirigeants et des militants socialistes toujours sous le choc à surmonter le résultat du premier tour de la présidentielle. Depuis plusieurs jours, l'absence de consigne de vote donnée par le Premier ministre embarrassait largement la gauche. Dimanche soir, lorsqu'il avait pris la parole à son "Atelier" de campagne électorale, Lionel Jospin avait annoncé son retrait de la vie politique… mais n'avait rien dit sur le second tour. Le PS avait pourtant immédiatement appelé à "faire barrage à l'extrême droite" en votant "pour la République" et donc pour Jacques Chirac le 5 mai. Le directeur de campagne de Jospin, Jean Glavany, avait tenté d’expliquer que le Premier ministre, s’étant retiré de la vie publique, ne ferait plus de déclaration publique ; mais lui-même avait dû reconnaître que son départ abrupt et sans appel "créait un vide". Devant les interrogations croissantes des militants, plusieurs responsables socialistes s'en étaient inquiétés et avaient demandé à Lionel Jospin de s'exprimer. C’est désormais chose faite… avec retard, il est vrai.
"Préparer l'échéance des législatives"
Déjà, et sans attendre l'appel de Lionel Jospin, divers dirigeants du PS ont tenté de faire face aux enjeux à venir en reprenant l'initiative. C’est le cas du président de la région Ile-de-France Jean-Paul Huchon, qui a consacré avec son équipe toute la journée de vendredi à la réflexion sur les résultats de dimanche. Ségolène Royal devait, pour sa part, tenir vendredi soir à Melle, dans les Deux-Sèvres dont elle est députée, une "réunion citoyenne" pour expliquer son appel à voter Chirac et "laisser la parole" à des habitants qui "en ont gros sur le coeur". Elle espère que "de cette crise profonde pourra sortir quelque chose de positif et notamment l'idée que le vote n'est pas un jeu et n'est ni marginal, ni superflu, ni dérisoire". Lundi soir, le maire PS de Dijon François Rebsamen organisera lui aussi un "forum républicain" pour expliquer son vote Chirac.
Le député PS du Tarn, Paul Quilès, a rendu public vendredi un appel des députés et élus socialistes pour des "rassemblements républicains" le 1er mai, dans chaque circonscription. Des textes de Jean Jaurès seront lus. Paul Quilès lui-même prendra la parole devant la statue de Jaurès à Carmaux, dans le Tarn. "Il s'agira de mobiliser contre l'extrême droite au second tour et en même temps, de préparer l'échéance démocratique des législatives pour les socialistes et la gauche", a expliqué Paul Quilès.
Lionel Jospin au soir du premier tour de l'élection présidentielle - DR
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