L'ombre de Heaulme sur le procès Dils

Par , le 15 avril 2002 à 19h20 , mis à jour le 11 octobre 2003 à 20h59

La deuxième semaine du procès en appel de Patrick Dils sera essentiellement centrée sur l’éventuelle culpabilité de Francis Heaulme dans le double meurtre d’Alexandre et Cyril. Après les enquêteurs et les experts, entendus lundi et mardi, le tueur en série sera auditionné mercredi.

heaulme et dils © INTERNE

"La quasi-signature de Francis Heaulme". La conclusion du nouveau rapport de la gendarmerie, établi en mars dernier, sera au cœur des débats de la cour d’assises des mineurs du Rhône jusqu’à mercredi. Les trois premiers jours de cette deuxième semaine sont en effet basés sur Francis Heaulme. La présence du "routard du crime" sur les lieux du crime, le 28 septembre 1986, avait déjà motivé la révision du dossier. En juin 2001, lors du procès de Reims, Francis Heaulme avait admis qu’il avait vu Alexandre et Cyril peu de temps avant qu’ils ne soient assassinés, le crâne défoncé à coups de pierre. Mais il avait donné sa "parole d’homme" qu’il ne les avait pas tués. Les jurés avaient ensuite condamné Patrick Dils à 25 ans de prison.

Depuis l’année dernière, de nouveaux éléments sont venus étayer l’hypothèse de la culpabilité du tueur en série. Tout d’abord, en juillet 2001, deux pêcheurs ont expliqué avoir vu Heaulme assoupi le long de la voie ferrée le soir où a été commis le double meurtre, vers 19h30, quelques minutes après l’heure du crime. "Il avait le visage tuméfié et ensanglanté. Il nous a expliqué qu’il était tombé sur des cailloux en revenant du pont de fer et qu’il s’était fait un peu mal". Ils seront entendus lundi après-midi.

Liliane Glock, l’un des avocats de Francis Heaulme
, interrogée par tf1.fr, se dit "stupéfaite que ce récit soit aussi tardif. Les deux hommes expliquent qu’ils n'ont jamais raconté leur aventure car la justice avait déjà trouvé son coupable. Mais avec tout le raisonnement médiatique survenu lors de la révision, ils n’ont néanmoins pas bougé, ne se décidant finalement à témoigner qu’en juillet". "C’est très étrange" lance-t-elle.

"Signature criminelle" ou "raisonnement gendarmesque" ?

L’autre élément pointant la culpabilité éventuelle de Francis Heaulme se situe donc dans le supplément d’enquête réalisé après le procès de Reims. Francis Hans, le capitaine de gendarmerie qui a mené les recherches, témoignera mardi après-midi. Il expliquera que des "analystes criminels" ont débusqué des "similitudes évidentes" entre les circonstances du meurtre des deux enfants et des autres crimes de Heaulme. Ils pointent notamment son admission en hôpital psychiatrique peu de temps après les faits, qu’ils considèrent comme "une constante comportementale qui peut être assimilée à une signature criminelle". 

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Les élements clés de l'affaire

"Impliquer Heaulme dans l'affaire Dils n'a aucun sens"
    

Liliane Glock estime que "ce rapport manque de sérieux et tient du raisonnement gendarmesque. Pour aboutir à leur conclusion, les enquêteurs ont eu accès aux dossiers des crimes commis par Francis Heaulme. Or la manière dont les deux enfants ont été tués ne correspond pas au modus operandi des meurtres reconnus par mon client. Quant au fait que l’une des victimes avait le pantalon baissé, ce n’est pas le cas dans toutes ses affaires. Bref, conclure comme le font les analystes à sa quasi-signature criminelle me semble très audacieux".

Que dira Heaulme ?

Enfin, mercredi après-midi, les jurés entendront Francis Heaulme. Quelle version donnera-t-il ? Dernièrement, il a soutenu avoir rencontré un homme qui lui aurait dit être l'auteur des faits. Il en a fourni l’identité (ndlr : cet homme avait initialement avoué le crime aux policiers en 1987 avant Patrick Dils mais il avait été disculpé. Il sera confronté à Heaulme mercredi) sans être capable de reconnaître sa photo. Il a également dit avoir vu les cadavres. Dans les deux cas, il s’est rétracté.

Pour Patrick Dils, ce témoignage s’annonce capital. En dehors d’hypothétiques révélations avant le verdict attendu le 24 avril, l’équation de son procès est en effet quasi-identique qu’à celui de Reims : si ce n’est pas lui le coupable, c’est Heaulme. Et si ce n’est pas Heaulme, alors c’est lui.

Par Fabrice Aubert le 15 avril 2002 à 19:20
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